Abdomen - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Abdomen

C’est fou les images, hein ?

Comme au rivage, on y r’vient

En moi s’image un peu d’pâleur

Un peu d’pâleur de toi, un peu d’pâleur de lune

Un peu d’allégresse, de l’une de l’autre

Et puis j’digress’rais, je sais, je sais

J’dis grossièrement encore, c’qui m’reste précis

Imprécision d’la nuit, nos corps grands

La pression d’nos sangs, d’allégresse née

L’impression d’l’instant, de toi dressée

Dressant au-d’ssus d’moi ton désir

Des sens, nos sens, au-dessus du Temps même

La lune et toi, sur moi tandem

J’dirai pas qu’y’aurait eu tant d’âme, non

Non : j’l’écris, comme un rai de lune

Comme un ras d’marée en moi

Car d’ma rive et d’mes dunes, je r’vois

J’te vois, grande au-d’ssus

Un cran au-d’ssus d’mon monde

Toi qui n’es qu’Sud, plus qu’un écran ?

Truc inexorable, la distance

Alors mes aires arables, d’images j’y r’viens

Comme au rivage, j’ai dit

Mais c’était un vendredi, déjà

Tes seins m’étaient… ou un samedi ?

Dans la nuit le temps s’éteint, ça m’fait digresser encore

Mais j’te r’vois dressée, comme à graisser mon corps

A en caresser l’axe ou la courbe

Comme une courbure que ton corps voulait avaler

Et ta vallée moi j’la voulus aussi

J’te voyais couleur voilure, au-d’ssus

A louvoyer d’la hanche, à vaciller, t’pencher

J’te voyais pas pensive, à m’ensev’lir

Amants sevrés ? Pas encore, allons !

A l’ombre d’la lune, c’est vrai

Son long bras v’nait en nous

D’où ce sang en moi, venant acier

Venant argent, tu voulais m’assiéger

Venant t’agencer sur moi, tout coulait

La lune et toi, et l’usure de ton désir

Et débouler sur moi, tu le voulais

Se décoller de nous, qui l’aurait voulu ?

Accolade intime, sous les lueurs goulues

Et tu ressuscitais l’humeur, de ton sexe

La lune en était sextant, de ton désir ?

Sur mon sexe tendu, toi, suspendue

Suspendu le Temps, l’expression des heures

Sous cette pression des lueurs, de nous

Sous l’expression du feu, l’incandescence

Silex, étincelle, silex, et toi encore

Toisant encore, ce pan d’toi endormi ?

De trois ans au moins, désir en dormance

De toi, sans en venir aux mains je vis

Je visais dessous ton ventre, pâleur de lune

Ta main devisait avec ta fesse, mon sexe

Ton poignet dévissait, revissait

Tu voulais m’empoigner et glisser

Je le voulais aussi, à tes lèvres hérissées

Celles de ton duvet, à nos langues parlées

Celles qui Sud couvaient, alanguies sur moi

A l’envie tu voulais nous sceller

Moi j’n’en fis rien, je n’voulais pas t’aider

Car j’étais épaté déjà, par des bouts d’toi

Par des allées qui menaient à ton sexe, oui

Par ton abdomen si clair, si fin

Clairière dont n’surtout pas m’extraire

Don d’lune, d’argent s’extrayant

Tu m’étais plus qu’attrayante : désirable

Des tirades comme un chant des sirènes

De c’t’instant qui s’étira, sans sommation

Moi homme et toi action, ici vagues

Toi comme sous onction, lunaire

Et j’lus l’air en toi soudain, perçant

Aperçu comme les rayons, de moi passant

Et toi passante à Brest, sous crayon d’nuit

Passion j’sais pas, c’est toi qui m’restes

De toi y m’reste ce domaine, de souv’nirs

Un peu d’ton soupir, de ma nuit en toi

Et dans c’t’Ouest ton abdomen, surtout

C’qu’on censure, c’est tout c’qu’on retient

Et j’retiens mais sans rancune : c’t’instant

Messe en appelant une autre et une autre

Messe basse se susurrant, la nôtre

La nuit était nôtre, tu t’affaissais sur moi

Tu t’faisais des sutures, elles craquelèrent

Car le désir est lame, a l’art d’errer

A l’heure des rivages ralliés, d’abdomens

Lueurs d’nos visages alliés, notre domaine

Demain n’est plus mais hier a-t-il jamais été ?

J’aimais errer, j’aurais aimé irradier

Il se dira encore, sous la lune en moi

Il se grandira encore, ton corps d’pâleur

Grand’ divagation, rien à pallier

Juste ton abdomen, qui par paliers

Qui par paliers digressait, marée

Et moi par politesse j’te laissais, m’immerger

Au quart, à demi, nos pôles digressaient : noirs

A demi et puis pleine, de moi

Pluie pleine de désir, de lune

A ton abdomen, pensée si runique

Uniquement pensée maintenant

Ton abdomen encensé sous la lune pleine

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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