Abdomen
C’est fou les images, hein ?
Comme au rivage, on y r’vient
En moi s’image un peu d’pâleur
Un peu d’pâleur de toi, un peu d’pâleur de lune
Un peu d’allégresse, de l’une de l’autre
Et puis j’digress’rais, je sais, je sais
J’dis grossièrement encore, c’qui m’reste précis
Imprécision d’la nuit, nos corps grands
La pression d’nos sangs, d’allégresse née
L’impression d’l’instant, de toi dressée
Dressant au-d’ssus d’moi ton désir
Des sens, nos sens, au-dessus du Temps même
La lune et toi, sur moi tandem
J’dirai pas qu’y’aurait eu tant d’âme, non
Non : j’l’écris, comme un rai de lune
Comme un ras d’marée en moi
Car d’ma rive et d’mes dunes, je r’vois
J’te vois, grande au-d’ssus
Un cran au-d’ssus d’mon monde
Toi qui n’es qu’Sud, plus qu’un écran ?
Truc inexorable, la distance
Alors mes aires arables, d’images j’y r’viens
Comme au rivage, j’ai dit
Mais c’était un vendredi, déjà
Tes seins m’étaient… ou un samedi ?
Dans la nuit le temps s’éteint, ça m’fait digresser encore
Mais j’te r’vois dressée, comme à graisser mon corps
A en caresser l’axe ou la courbe
Comme une courbure que ton corps voulait avaler
Et ta vallée moi j’la voulus aussi
J’te voyais couleur voilure, au-d’ssus
A louvoyer d’la hanche, à vaciller, t’pencher
J’te voyais pas pensive, à m’ensev’lir
Amants sevrés ? Pas encore, allons !
A l’ombre d’la lune, c’est vrai
Son long bras v’nait en nous
D’où ce sang en moi, venant acier
Venant argent, tu voulais m’assiéger
Venant t’agencer sur moi, tout coulait
La lune et toi, et l’usure de ton désir
Et débouler sur moi, tu le voulais
Se décoller de nous, qui l’aurait voulu ?
Accolade intime, sous les lueurs goulues
Et tu ressuscitais l’humeur, de ton sexe
La lune en était sextant, de ton désir ?
Sur mon sexe tendu, toi, suspendue
Suspendu le Temps, l’expression des heures
Sous cette pression des lueurs, de nous
Sous l’expression du feu, l’incandescence
Silex, étincelle, silex, et toi encore
Toisant encore, ce pan d’toi endormi ?
De trois ans au moins, désir en dormance
De toi, sans en venir aux mains je vis
Je visais dessous ton ventre, pâleur de lune
Ta main devisait avec ta fesse, mon sexe
Ton poignet dévissait, revissait
Tu voulais m’empoigner et glisser
Je le voulais aussi, à tes lèvres hérissées
Celles de ton duvet, à nos langues parlées
Celles qui Sud couvaient, alanguies sur moi
A l’envie tu voulais nous sceller
Moi j’n’en fis rien, je n’voulais pas t’aider
Car j’étais épaté déjà, par des bouts d’toi
Par des allées qui menaient à ton sexe, oui
Par ton abdomen si clair, si fin
Clairière dont n’surtout pas m’extraire
Don d’lune, d’argent s’extrayant
Tu m’étais plus qu’attrayante : désirable
Des tirades comme un chant des sirènes
De c’t’instant qui s’étira, sans sommation
Moi homme et toi action, ici vagues
Toi comme sous onction, lunaire
Et j’lus l’air en toi soudain, perçant
Aperçu comme les rayons, de moi passant
Et toi passante à Brest, sous crayon d’nuit
Passion j’sais pas, c’est toi qui m’restes
De toi y m’reste ce domaine, de souv’nirs
Un peu d’ton soupir, de ma nuit en toi
Et dans c’t’Ouest ton abdomen, surtout
C’qu’on censure, c’est tout c’qu’on retient
Et j’retiens mais sans rancune : c’t’instant
Messe en appelant une autre et une autre
Messe basse se susurrant, la nôtre
La nuit était nôtre, tu t’affaissais sur moi
Tu t’faisais des sutures, elles craquelèrent
Car le désir est lame, a l’art d’errer
A l’heure des rivages ralliés, d’abdomens
Lueurs d’nos visages alliés, notre domaine
Demain n’est plus mais hier a-t-il jamais été ?
J’aimais errer, j’aurais aimé irradier
Il se dira encore, sous la lune en moi
Il se grandira encore, ton corps d’pâleur
Grand’ divagation, rien à pallier
Juste ton abdomen, qui par paliers
Qui par paliers digressait, marée
Et moi par politesse j’te laissais, m’immerger
Au quart, à demi, nos pôles digressaient : noirs
A demi et puis pleine, de moi
Pluie pleine de désir, de lune
A ton abdomen, pensée si runique
Uniquement pensée maintenant
Ton abdomen encensé sous la lune pleine
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle