Prends ce que tu veux prendre - Jean-Marie Loison-Mochon

Prends ce que tu veux prendre

C’est une petite loi intérieure

Ou une p’tite lueur à avoir en tête

Quand en toi tu n’sais plus quelle heure il est

Ou dans quel leurre tu erres, tombes

Facile comme l’ombre d’un mot qui s’suggère

Dans l’suc en toi, instille ceux-là plutôt

Ces mots, pour quand t’as peur de t’entreprendre

Quand ta peur t’incite sans cesse à t’reprendre :

Prends ce que tu veux prendre,

Donne ce que tu peux donner

C’n’est même pas une loi, c’est une nouvelle donne

Pour si la peine couve en toi et tonne

Si l’apaisement tu n’le trouves pas

Parce que p’t-être aussi qu’ta part d’ombre

Elle demand’rait un signe : qu’tu t’pardonnes

Alors à l’orée d’toi : donne ce que tu peux donner

Et prends ce que tu veux prendre

Eprends-toi de toi-même, déjà

Car il n’y a qu’comme ça qu’tu t’éprendras à nouveau

Eprends-toi, ébranle ta peine enfouie

Prends-la en chasse et à tes veines, mets-la en fuite

Car ton écorce est pleine de vie, de feu

Et c’corps c’est si bête de l’laisser à peine à demi

Dans l’passé ça s’est corsé. Et alors ?

C’est séquencé dans l’advenu déjà

C’est quand qu’tu t’irises ? Ton ADN n’en peut plus

Entends-le qui t’dit : prends l’avenue

Prends la venue d’un autre comme un monde

Comme un canal dont longer l’onde à l’heure d’avril

Tu vois ? Les lueurs du Temps reviennent déjà

Et vois, qu’en toi ça vrille, cette brise d’avril

Ça t’brisa avant ? Le corps, le cœur, leur carrefour ?

Et la perspective d’un encore, comme une fougue trop grande pour toi ?

Fous l’camp d’tout ça et cueille et fleuris, effeuille-toi

Inverse le cours du temps, du flou, sors du cercueil

La vie est averse et tonnerre, n’en aie pas l’aversion

M’est avis qu’la meilleure version d’toi est à v’nir

Qu’tu es avenir et pas avenue, advenue

Sens-les venir, rev’nir, ces phrases dont tu bous comme le vert

Ces deux bouts d’phrase, comme un boul’vard

Ces bouts d’phrase dans tes yeux, qui lisent avenir

Ces phrases qui t’disent de vivre, de t’réapprendre

Oui irise-t’en : prends ce que tu veux prendre

Donne ce que tu peux donner

Reprise-t’en ! Brise tout s’il le faut

C’est le faux air du triste qui t’a pris

Qui t’a pris tant d’années

Or tu n’le sais pas mais tu l’as désappris déjà

Alors dès à présent dis-toi des joies

Dilue-toi et coule comme de la sève

Car il y a en toi la profondeur du rêve

Alors prends au fond d’toi le refrain d’ce souffle-là

Que la souffrance est désapprise déjà : souffle

Et inspire ça, adonne-toi à ne respirer que ça :

Donne ce que tu peux donner : tendresse ou violence

Prends ce que tu veux prendre : vois-les ces allégresses

Ces allées n’sont plus voilées, digresse ou tends vers :

Prends ce que tu veux prendre

Donne ce que tu peux donner

 

Jean-Marie Loison-Mochon

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