Prends ce que tu veux prendre
C’est une petite loi intérieure
Ou une p’tite lueur à avoir en tête
Quand en toi tu n’sais plus quelle heure il est
Ou dans quel leurre tu erres, tombes
Facile comme l’ombre d’un mot qui s’suggère
Dans l’suc en toi, instille ceux-là plutôt
Ces mots, pour quand t’as peur de t’entreprendre
Quand ta peur t’incite sans cesse à t’reprendre :
Prends ce que tu veux prendre,
Donne ce que tu peux donner
C’n’est même pas une loi, c’est une nouvelle donne
Pour si la peine couve en toi et tonne
Si l’apaisement tu n’le trouves pas
Parce que p’t-être aussi qu’ta part d’ombre
Elle demand’rait un signe : qu’tu t’pardonnes
Alors à l’orée d’toi : donne ce que tu peux donner
Et prends ce que tu veux prendre
Eprends-toi de toi-même, déjà
Car il n’y a qu’comme ça qu’tu t’éprendras à nouveau
Eprends-toi, ébranle ta peine enfouie
Prends-la en chasse et à tes veines, mets-la en fuite
Car ton écorce est pleine de vie, de feu
Et c’corps c’est si bête de l’laisser à peine à demi
Dans l’passé ça s’est corsé. Et alors ?
C’est séquencé dans l’advenu déjà
C’est quand qu’tu t’irises ? Ton ADN n’en peut plus
Entends-le qui t’dit : prends l’avenue
Prends la venue d’un autre comme un monde
Comme un canal dont longer l’onde à l’heure d’avril
Tu vois ? Les lueurs du Temps reviennent déjà
Et vois, qu’en toi ça vrille, cette brise d’avril
Ça t’brisa avant ? Le corps, le cœur, leur carrefour ?
Et la perspective d’un encore, comme une fougue trop grande pour toi ?
Fous l’camp d’tout ça et cueille et fleuris, effeuille-toi
Inverse le cours du temps, du flou, sors du cercueil
La vie est averse et tonnerre, n’en aie pas l’aversion
M’est avis qu’la meilleure version d’toi est à v’nir
Qu’tu es avenir et pas avenue, advenue
Sens-les venir, rev’nir, ces phrases dont tu bous comme le vert
Ces deux bouts d’phrase, comme un boul’vard
Ces bouts d’phrase dans tes yeux, qui lisent avenir
Ces phrases qui t’disent de vivre, de t’réapprendre
Oui irise-t’en : prends ce que tu veux prendre
Donne ce que tu peux donner
Reprise-t’en ! Brise tout s’il le faut
C’est le faux air du triste qui t’a pris
Qui t’a pris tant d’années
Or tu n’le sais pas mais tu l’as désappris déjà
Alors dès à présent dis-toi des joies
Dilue-toi et coule comme de la sève
Car il y a en toi la profondeur du rêve
Alors prends au fond d’toi le refrain d’ce souffle-là
Que la souffrance est désapprise déjà : souffle
Et inspire ça, adonne-toi à ne respirer que ça :
Donne ce que tu peux donner : tendresse ou violence
Prends ce que tu veux prendre : vois-les ces allégresses
Ces allées n’sont plus voilées, digresse ou tends vers :
Prends ce que tu veux prendre
Donne ce que tu peux donner
Jean-Marie Loison-Mochon