Il était un soir à Buenos Aires - Jean-Marie Loison-Mochon

Il était un soir à Buenos Aires

Il était un soir à Buenos Aires

Une nuit sans histoire

Mais d’appétit d’ogre, du soir à la nuit

A la nouvelle lune ou j’sais plus

Le noir m’appelle, il est pas loin d’minuit

Et dans l’soir j’m’épèle des pas courus

Sur les pavés d’la pluie, pas encore disparue

J’me déplie les sens, intérieurement

Dépravé presque, à parler à l’essentiel

Un terrain rieur en moi, de désir et solitude

Des îles de sols durs dans les barrios [1]

J’m’y désigne de l’essence jusqu’à l’os

J’m’y définie l’essentiel en rien facile

Je rime en moi, de faims inexplorées

Dans tous les sens, j’sais pas si j’suis gracile

Mais tu savais qu’on dansait, ville

Dans tous les sens, un condensé agile

Incantant d’ces feux, un canto[2]

De noche[3], comme si j’étais argile

Me encantó[4], décocher mes pas près d’toi

Accrochés toi et moi, ville

Tu m’es encore torrent, je vois tes cils bouger

Tu m’es un corps torride, des îles touchées

De San Telmo à tes rives de rue de Palermo

J’atterris souvent encore, sur tes nus que parlent mes mots

A tes rives, à tes îles et ce soir, cyclique

Ce soir d’alors dérive ici cette nuit, dans des îlots

Cette nuit de toi qui n’dort pas, m’incante

Un cantique sans foi : une extatique allégresse

Car celle de toi a digressé en des îles, une île

Cette nuit de noir ici a suivi le cycle, uni

Réunissant le souvenir au présent, à Nantes

Une île est bruissante de multitude

Elle me sent venir, je m’y présente

Et dans une nuit courue encore, sans altitude

Je monte au noir en moi, au corps pavé

Pas vrai Nantes, que tu t’ferais miroir ?

Au corps de Buenos Aire, un soir mira [5]!

Miras vos[6], Nantes ! Ce que ton air d’avril me dit

Ma rage ici à tes pavés, qui décille de l’air

De l’air et ces recoins de nuits et rue

J’errais à BA, je rue en toi

Un recoin de monde en moi, je ris

Un nouveau coin pour mes rondes d’émoi, je vis

Vous couvez en moi Nantes et BA, de nuit

Voyez j’vous tutoie, hanté de noir, de fuite

Nantes et BA j’vous écris, ancrant une suite

 

 

[1] Quartiers

[2] Un chant

[3] De nuit

[4] Ça m’enchanta

[5] Regarde

[6] Dis donc

 

Jean-Marie Loison-Mochon

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