Il était un soir à Buenos Aires
Il était un soir à Buenos Aires
Une nuit sans histoire
Mais d’appétit d’ogre, du soir à la nuit
A la nouvelle lune ou j’sais plus
Le noir m’appelle, il est pas loin d’minuit
Et dans l’soir j’m’épèle des pas courus
Sur les pavés d’la pluie, pas encore disparue
J’me déplie les sens, intérieurement
Dépravé presque, à parler à l’essentiel
Un terrain rieur en moi, de désir et solitude
Des îles de sols durs dans les barrios [1]
J’m’y désigne de l’essence jusqu’à l’os
J’m’y définie l’essentiel en rien facile
Je rime en moi, de faims inexplorées
Dans tous les sens, j’sais pas si j’suis gracile
Mais tu savais qu’on dansait, ville
Dans tous les sens, un condensé agile
Incantant d’ces feux, un canto[2]
De noche[3], comme si j’étais argile
Me encantó[4], décocher mes pas près d’toi
Accrochés toi et moi, ville
Tu m’es encore torrent, je vois tes cils bouger
Tu m’es un corps torride, des îles touchées
De San Telmo à tes rives de rue de Palermo
J’atterris souvent encore, sur tes nus que parlent mes mots
A tes rives, à tes îles et ce soir, cyclique
Ce soir d’alors dérive ici cette nuit, dans des îlots
Cette nuit de toi qui n’dort pas, m’incante
Un cantique sans foi : une extatique allégresse
Car celle de toi a digressé en des îles, une île
Cette nuit de noir ici a suivi le cycle, uni
Réunissant le souvenir au présent, à Nantes
Une île est bruissante de multitude
Elle me sent venir, je m’y présente
Et dans une nuit courue encore, sans altitude
Je monte au noir en moi, au corps pavé
Pas vrai Nantes, que tu t’ferais miroir ?
Au corps de Buenos Aire, un soir mira [5]!
Miras vos[6], Nantes ! Ce que ton air d’avril me dit
Ma rage ici à tes pavés, qui décille de l’air
De l’air et ces recoins de nuits et rue
J’errais à BA, je rue en toi
Un recoin de monde en moi, je ris
Un nouveau coin pour mes rondes d’émoi, je vis
Vous couvez en moi Nantes et BA, de nuit
Voyez j’vous tutoie, hanté de noir, de fuite
Nantes et BA j’vous écris, ancrant une suite
[1] Quartiers
[2] Un chant
[3] De nuit
[4] Ça m’enchanta
[5] Regarde
[6] Dis donc
Jean-Marie Loison-Mochon