Nantes-Buenos Aires
En tes rues, ville, je ressuscite
Ou plutôt je récite, une nuit d’alors
Une nuit d’à l’orée de moi-même
Que plus tard que tôt, j’ai récitée en pas courus
Nantes, elle et toi n’êtes pas du pareil au même
Mais en toi j’ai couru cette nuit, me sentis-tu ?
Sentiste[1], Buenos Aires ?
Sans t’attrister, m’être apparue ici à Nantes ?
Dans ces rues ce cycle se redessine
En accéléré il rue en moi aussi
En accélérant je rive mes yeux à l’effort
Vous êtes deux rives à mes yeux, des formes
Vous n’êtes ni formelles ni anarchiques
Vous m’fîtes mal mais ma résistance est unique
A unir vos quais je cours ce soir
Sin equivocarme[2], vous m’êtes un vocable imprécis
Imprécision des yeux dans le noir, vos nuits
Et la dérision du croissant qui sourit là-haut, sourit de jour
Et s’ouvre ici en moi, le souvenir d’un surajout
En serai-je digne ? Je m’rends flou
Nuit, Nantes-Buenos Aires : floues
Nuit, je m’enfonce en vous
[1] Sentis-tu ?
[2] Sans me tromper
Jean-Marie Loison-Mochon