Pollinisation - Jean-Marie Loison-Mochon

Pollinisation

Je ne cherche pas le pollen : il vient à moi

Je ne bêche pas de haine ou de colère

Je ne dépêche rien, mais le froid s’en va

Je me sens vague encore, de sable

Mais j’aime être un corps vague, une houle

Je luis là où le feu, la lave, me font vulnérable

Je suis la houle de ces incandescences

Comme des pollens qui se hissent et descendent

Je ne suis pas policé, même si tu dis que j’en ai l’air

Là est l’erreur mais eh ! ‘Faut bien en semer

En ces mois, j’erre plus à l’heure de moi-même

Est-ce moi ou l’air m’emporte ? Sud

Sous des spasmes insulaires, je suis pris

Je ne fais pas d’asthme, le pollen m’est un pli

Une lettre à l’effet fantasmagorique

Comme un pli à ta joue, une ride de joie

Je ne suis qu’un petit être, ouais mais

Avril ou mars vont se déplier en moi

Et j’émets du vent de l’hiver, je brandis

Je ne dis pas, j’aimais l’avant d’hier, aussi

Et je m’en vais bondir et rebondir, de ça

Déçu moins, des Sud me tendent la main

Qui sait ? peut-être me la tendras-tu aussi

Moi je n’attendrai rien, j’irai : Sud

Ma tendresse est insulaire et nocturne et printanière

Ma nature est insolente comme d’un sommeil rebelle

Je suis plein de sommets, y’a qu’à voir

Moi je ne fais plus de sonnets, je préfère le noir

Je suis le désordre et des ors de désir pleuvent

Des îles, des villes en pleuvraient : de moi

Dans ce désordre il y a de tout, tant de temps

De toi aussi c’est vrai, avant d’hier

Dans ces brèves lignes je pollinise, des airs

J’éveille ma joie, comme les abeilles quittent le désert

L’avant d’hier est désordre, je le chéris

Et je vais à l’air, errer en anarchie : émailler

L’émail de ton sourire, sous cette ride

Sur de ces rives Sud, m’éparpiller

Sûr de rien, de ces avant d’hier

D’île en ville et de ville en île, je vais veiller

L’avant d’hier, en fait folie en fiole de futur

Je suis toujours éveillé au rêve, ça se dit poésie

Ça se dilue puis c’est ici, en lignes

En planètes désalignées, ma peau est si fragile

Car pour aller à l’air et planer, tu sais ?

Mieux vaut être sable et léger et…

Vulnérable

Mes sommets n’ont rien de vénérable, tu n’as rien de vénéneux

Dans mes veines je peux juste sentir ce feu

Comme d’un pollen au vent, le sang tiraillé de jeux

Comme d’un pollen à l’air, celui du tout possible

Je pose ici le glaive et me brandis, paisible

Car je suis l’arme, autrement dit

Poésie brève ou durable, un autre monde

Et l’onde des vents d’hiver, je la suis : être

J’ai la suie de l’avant d’hier, échappée par la fenêtre

Je suis noir d’anarchie, pollen irisé de tant

De toi aussi c’est vrai, et qui sait ce que la brise nous tend

Il y a tant d’êtres et de villes, Sud, Sud !

Et je suis soudain plus léger

Sous de l’influx de moi-même

Alors je m’essaime dans des Sud comme du pollen

A veiller, apposer, à la nuit

J’entends le bruit des abeilles lavandières

Et l’avant d’hier m’est une brise, chère nuit

LE vent d’hiver m’embrase et je dérive

Dans des aires floues tu dirais

Mais dans des aires floues il y a désir, des îles, des villes

Il y a des Sud et en homme ou pollen et…

Au vent d’hiver je vais y aller, joie Sud et m’étrenner

Et mettre à nu des pollens

Dans des traînées de vent d’hiver, comme quoi !

Car comme toi, j’y suis né

 

Jean-Marie Loison-Mochon

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