Pollinisation
Je ne cherche pas le pollen : il vient à moi
Je ne bêche pas de haine ou de colère
Je ne dépêche rien, mais le froid s’en va
Je me sens vague encore, de sable
Mais j’aime être un corps vague, une houle
Je luis là où le feu, la lave, me font vulnérable
Je suis la houle de ces incandescences
Comme des pollens qui se hissent et descendent
Je ne suis pas policé, même si tu dis que j’en ai l’air
Là est l’erreur mais eh ! ‘Faut bien en semer
En ces mois, j’erre plus à l’heure de moi-même
Est-ce moi ou l’air m’emporte ? Sud
Sous des spasmes insulaires, je suis pris
Je ne fais pas d’asthme, le pollen m’est un pli
Une lettre à l’effet fantasmagorique
Comme un pli à ta joue, une ride de joie
Je ne suis qu’un petit être, ouais mais
Avril ou mars vont se déplier en moi
Et j’émets du vent de l’hiver, je brandis
Je ne dis pas, j’aimais l’avant d’hier, aussi
Et je m’en vais bondir et rebondir, de ça
Déçu moins, des Sud me tendent la main
Qui sait ? peut-être me la tendras-tu aussi
Moi je n’attendrai rien, j’irai : Sud
Ma tendresse est insulaire et nocturne et printanière
Ma nature est insolente comme d’un sommeil rebelle
Je suis plein de sommets, y’a qu’à voir
Moi je ne fais plus de sonnets, je préfère le noir
Je suis le désordre et des ors de désir pleuvent
Des îles, des villes en pleuvraient : de moi
Dans ce désordre il y a de tout, tant de temps
De toi aussi c’est vrai, avant d’hier
Dans ces brèves lignes je pollinise, des airs
J’éveille ma joie, comme les abeilles quittent le désert
L’avant d’hier est désordre, je le chéris
Et je vais à l’air, errer en anarchie : émailler
L’émail de ton sourire, sous cette ride
Sur de ces rives Sud, m’éparpiller
Sûr de rien, de ces avant d’hier
D’île en ville et de ville en île, je vais veiller
L’avant d’hier, en fait folie en fiole de futur
Je suis toujours éveillé au rêve, ça se dit poésie
Ça se dilue puis c’est ici, en lignes
En planètes désalignées, ma peau est si fragile
Car pour aller à l’air et planer, tu sais ?
Mieux vaut être sable et léger et…
Vulnérable
Mes sommets n’ont rien de vénérable, tu n’as rien de vénéneux
Dans mes veines je peux juste sentir ce feu
Comme d’un pollen au vent, le sang tiraillé de jeux
Comme d’un pollen à l’air, celui du tout possible
Je pose ici le glaive et me brandis, paisible
Car je suis l’arme, autrement dit
Poésie brève ou durable, un autre monde
Et l’onde des vents d’hiver, je la suis : être
J’ai la suie de l’avant d’hier, échappée par la fenêtre
Je suis noir d’anarchie, pollen irisé de tant
De toi aussi c’est vrai, et qui sait ce que la brise nous tend
Il y a tant d’êtres et de villes, Sud, Sud !
Et je suis soudain plus léger
Sous de l’influx de moi-même
Alors je m’essaime dans des Sud comme du pollen
A veiller, apposer, à la nuit
J’entends le bruit des abeilles lavandières
Et l’avant d’hier m’est une brise, chère nuit
LE vent d’hiver m’embrase et je dérive
Dans des aires floues tu dirais
Mais dans des aires floues il y a désir, des îles, des villes
Il y a des Sud et en homme ou pollen et…
Au vent d’hiver je vais y aller, joie Sud et m’étrenner
Et mettre à nu des pollens
Dans des traînées de vent d’hiver, comme quoi !
Car comme toi, j’y suis né
Jean-Marie Loison-Mochon