Passants de ces contrées-ci
A croire que je croise toujours les mêmes passants
Peut-être est-ce qu’ils en font leur vie
Chaque jour des virées pour passer un peu plus
Un peu mieux devant mes yeux
Devenant mes lieux puisqu’ils s’y fondent
Me devenant médiocres aussi
Pour certains de sauter toujours dans le même cerceau
Sans un sursaut de surprise : ils sont là
Ou est-ce à dire que je dois déjouer ?
Ce qui nous lie quitte à ce qu’il ne soit question que de néant
A la vérité ils furent deux et j’aurais pu me faire furtif
Cette ville nous illustre ce que sont deux chemins
Des méandres, du hasard ; de l’un dont j’aurais pu faire des cendres
Les yeux lustrés de soleil nous avons bavardé
Dès la première volée de mots je voulus partir
Mais je n’ai pas laissé place à mes embardées de colère
Entre lui et moi traînaient quelques collets
De certains je me suis extirpé
D’autres, gentiment je les lui ai évités
Et de ce temps je me suis défait, je nous ai chassés
A vouloir mettre ailleurs ma vitalité
Au carreau sur une feuille blanche
J’ai vu les lignes de cet autre
Second passant, salut, sourire, cette autre chose qu’on dirait humanité
Avec lui il n’est pas question de se payer du mauvais temps
Il se posait trop de questions qui le pesaient
Le ramenant dans son pays et ramant dans un solitaire chaos
Plus haut j’ai dit médiocre et j’ai médit au gré d’un moment
Quand les efforts ogresques de celui-ci en appellent à l’humilité
Quel homme est prêt à tout quitter, tout en conservant tout son monde en pensées ?
Lui, dans un genre d’habileté colossale
A faire circuler cette électricité entre deux mondes séparés par une abyssale distance
Qu’à lui seul il occupe par son existence forcenée
Véhément pour défendre, aimant pour les siens, à s’en fendre la tête
Et vraiment, je pense que tu aimerais le rencontrer
Jean-Marie Loison-Mochon