Chair de feu
L’espoir déçu est une chose terrible
Parce que l’espoir vécu est plus terrible encore
Celui-là rend risible et dérisoire tout événement
Il abolit les lois rouillées du mal, du bien
Avec l’espoir vécu, du rien peut naître un brasier
Et il ne s’agit pas de l’espoir réalisé
Fenêtre plus lointaine, oui, d’un horizon-miroir
Où l’on aperçoit des reflets de soi, qu’on ne saisit jamais
C’est une pelote de laine, un monde non pas idéalisé
Mais dont la douceur en abondance permet de ne plus douter
De faire don de soi à s’en annihiler
De faire fondre le soir en un matin renouvelé
L’espoir vécu est une fronde stellaire :
C’est l’histoire du chaos et on y accroche des étoiles
Sur une ondulation du temps, on pose un regard
Nouveau ou renouvelé, à la conduction anarchique
Cette tension durera son soûl, l’espace d’une métamorphose
Sens-tu, toi aussi, que l’espoir vécu est un passage du feu ?
Dont on croise la trajectoire avec une vie, la nôtre
Provoquant des fondations, des jaillissements d’illusoire
L’ébahissement est dans l’instant car la puissance fait croire
Et la croyance est puissante car je te l’ai dit :
Elle provient du miroir
Je te l’ai décrite et pourrais la décliner
En une amitié qui aspire à l’air de moments partagés
En un désir qui s’inspire dans un regard disant d’irradier
Dans les Andes d’une chevelure, dans les courbures d’un corps
Dans l’ancrage à des chaînes humaines mais libres : sauvages
Dans l’exil choisi au milieu de mille autres choix hasardeux
Le hasard du monde converge vers ceux qui espèrent
Car l’espoir vécu vient de l’infini carquois qu’ont certains
D’être pour toujours apogée, peu gênés de redescendre dans les limbes
De l’espoir déçu, qui n’est qu’un lambeau de vie à avaler
Un peu de peau du vide, puis l’espoir vécu revient
A ceux qui espèrent au-delà de tous, un verger tout enduit d’étoiles
Comme des chars de flammes dans le noir, des créatures à la chair de feu
Car hommes ou femmes, le hasard du monde ira converger vers eux
Jean-Marie Loison-Mochon