J’attendrai ton écho

Ma dernière lettre pour un temps

Manière d’appeler un spectre, une forme diffuse

Comme peut l’être une absence, un silence

Non qui se refuse, tu sais bien

Que je ne nous demande rien : j’émets à distance

En des contrées d’ici ou d’ailleurs, je pourrais t’écrire

De ce que j’y aimais, ou ce qui me démit

Non de mes forces mais à demi de mon intention

Aujourd’hui j’étais dans les bois d’ici et pensais à toi

A ton autre vie, l’une de tes autres vies, que tu m’as racontée

Un jour d’il y a des millénaires, et où ? seul l’univers le sait

J’aime toujours me souvenir du pays où nous nous sommes rencontrés

Je pourrais te parler de celui où j’ai été, voilà un an

Je ne dirais pas y avoir végété, mais appris peut-être

Qu’il n’est pas d’abri sur terre, mais que des territoires répondront

Je suis parti au pays des limbes, je crois :

J’ai voyagé loin de moi-même, comme cela m’arrive parfois

Il n’y a pas de mérite à s’éviter

Je me suis regardé au miroir, les yeux vitreux

Pendant un an, à essaimer d’incroyables fougues

Pour aider un amour en fugue de sa misère

Mais il a été repris, par le temps, par le tout

Du chaos des limbes, qui quand je regarde en arrière…

S’est comporté avec moi comme un titan

Car je crois bien que là-bas où j’ai erré, tout

Tout ! jusqu’au temps s’est arrêté

Et je crois que ce terrible flou qui m’enveloppe une époque

Il m’était nécessaire

Que ce lieu-là me tienne en ses serres

Comme cette déesse qui me fut dramatiquement sincère

Et sincèrement dramatique, dans la théâtralité d’un temps figé

Sur l’amour et sa rhétorique incontrôlée

Tout est un conte, drôle et tragique à la fois

Dont je ne saurais me rappeler, pas plus que les torts, les envolées

Je sais simplement avoir voyagé loin de moi-même

Enveloppé des limbes, d’un lieu où mon temps s’est figé

Et je pourrais te raconter aujourd’hui en forêt, au milieu de fougères

A voir une buse s’envoler avec un serpent dans ses serres

Symbol d’un drapeau, qui s’essaierait à dire de tes amours passées ?

D’un sincère clin d’œil, ce sort je te l’adresse

Tu aurais toute l’habileté d’une sorcellerie de temps pour m’éclairer

Je t’ai fait habiter mes mots, je t’ai invitée à ce voyage en diverses contrées

A présent, dans le futur, j’attendrai ton écho

Ces mots inscrits tendrement comme des appeaux, d’un son abrasif

Et je t’embrasse ici, dans les sifflements du temps qui a repris

Un abrazo, que je t’expédie

Jean-Marie Loison-Mochon

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