Partis

Jolie petite ville désertée

Sur une île nous l’avions transportée

Tout été a sa fin mais parfois…

Sa fin est telle qu’il n’est que recommencé

On ne peut recommander du temps

Mais un recommencement peut se faire uni

Incommensurable sphère d’espaces

Sur laquelle une île éphémère peut durer

Sur le quai, des spasmes endurés

Sûrs de quoi ? Je partis, tu partis

On part, tirailler l’asthmatique lien

Déçus de qui, de quoi, manquant de souffle

Ravitaillez-moi cette île, cette ville, ce lien !

Tout été n’est qu’une fois, qu’un parfum

Le vite a mitraillé le temps

De pluvieux « plus vite » sur l’île de l’union

Nous avions tout mais ce n’était pas assez

Pris de toux insatisfaites, nous partîmes

Moi puis toi puis tout, rafales espacées

Avions, maisons, hics de mécènes : abimes

Avoir abime et nuit aux séléniques unions

Mais on eut pu tout s’offrir, tout de suite !

Allons, quelle suite à ces toux à part souffrir ?

Nous avions tout mais ce n’était pas assez

Panaché d’aube et d’orient, d’ombres scintillantes

Je lis : se peut-il que d’illusions nous nous soyons bercés ?

D’aller loin, la panacée ? Allons, panier percé

Jolie petite ville que nous étions, berceau d’une île scintillante

Nous l’aurions bercé, l’orient de l’union

Ne lorgnons plus sur rien, que nos désirs

Des îles nous parcoururent, nous les parcourûmes

De l’or dont les pluies de « vite » surent…

Vilement embrumer le Nord, le parc ouvert

Je pars courir au crépuscule, tu pars caresser l’aube

Reflet de l’ombre parti basculer là où le soleil se couche

Là où le soleil se cache, dit-on au beau milieu des nuages

Le reflet de l’aube a quitté l’orient

La fille de l’Aube a quitté Lorient

Jolie petite ville désertique

Sur une île que nous étions, que nous formions

A mes yeux cette île avait ta forme, tes yeux

Un garçon d’hiver, divague, dit vrai

Le garçon dit vert, l’été brille ici

Le garçon dit vert

La fille d’été montre ses yeux

Et part, dans des flottilles de nuages

Là où les cieux disent hiver

Lointain distillant, homme s’ennuageant

Rien à arranger, si ce n’est ce rhum

Plus qu’à s’enivrer, pour oublier, vendanger

Ils n’ont plus qu’à s’enivrer, nos désirs

Des îles sous sablier, en virée, parties

Du sens, du blé, des îlots de coquelicots

Coups que l’écho n’arrange pas

Corps que les coups changent, homme ou femme

J’en verserai sur ce là-bas, du rhum

Futile j’en verserai, changé

J’en verserai sur la Pangée : notre île

Grande île dont l’apogée fut superbe

Qui au Sud a plongé, un Sud acerbe

Et je sers bêtement ce fût, ce rhum

Car les battements se resserrent

Ce flux dans le cœur, flux de sang et de rhum

Cœur d’un homme, hébété par le coup

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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