De sable et de sel - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

De sable et de sel

De sable et de sel

Ce temps malléable, esseulés dans la dune

Espace tant désiré hier

Désirable hier ayant laissé une lacune :

L’espacement, deux poussières de sable et de sel

 

Parfois l’on n’a qu’une chance ! Mais hier invitait à tendre vers aujourd’hui. Cet univers-là ne s’étend pas, il se resserre. Etendus là, dans l’espace courbe du sable, là dans la dune, à déformer ses plants sauvages.

On pense aux vagues puisqu’on les entend, comme un son dérivant, une incessante sirène de va-et-vient, de graves s’éloignant, revenant. Toi et moi gravons d’autres mouvements, de sable et de sel, nous comblons cette lacune d’hier, là dans le pied de la dune.

 

L’espace manquant, ou manqué ?

Le temps d’hier manqua d’un peu

De sable et de sel sûrement

L’encas d’un feu, désirable éphémère

Décelables pourtant, ces courbures

Portance d’hier, de sable et de sel

Des lacets peu sûrs, deux poussières

Un jour façonnable, autre genre d’architecture

 

Quoi de plus polymorphe que deux corps qui se parlent ? Nous perlons d’un peu de sueur, sur le sable et le sel. Notre corps est un, qui se forme et se déforme, on s’allume d’un rien : du désir. C’est un univers qui ne s’étend pas, mais se resserre. Le seul expansif ici, c’est la profondeur de tes yeux qui, quand ils ne sont pas mi-clos comme à attendre nos lèvres, me délivrent du vert et du jeu.

 

Je veux bien errer dedans

Cet espace tendre

De sable et de sel, dédale d’un rien

Jouer ici à s’étendre

Dédale d’un rien : le désir

C’est en nous que cet espace se tend

Pas même des râles : des souffles

Des poussières essoufflées

Hier on semait, allant vers ici

 

En lumière hier nous nous sommes écrits, à aujourd’hui. Un jour, une nuit, se sont faits facteurs. Echelle à laquelle se hisser. Et saisir aujourd’hui, là, ici, dans la lascivité du sable, celle des courbes à ta peau, que le sel embrasse. Nous nous embrasons d’un rien : du désir. Et moi à l’embrasure de tes lèvres, j’en regarde l’espacement.

 

Je veux bien errer devant

Ici les spasmes du temps :

De discrets échos au vent

D’haletants petits souffles dans l’espace

 

Me sens-tu venir ? Tu souris à chaque fois ! Les yeux fermés pourtant, comme si tu savais. Que dans l’instant, mes lèvres vont conclure l’impact aux tiennes. Cette fois j’attends. Les persiennes de tes yeux s’ouvrent et s’aveuglent des rayons.

Je crayonne des caresses sur ton corps

Sans te faire concurrence, à l’orée de maigres tissus

De sable et de sel, de maigres dimensions

Dis-moi, sens-tu toi aussi que nous avons la même densité ?

De sable et de sel, les grains que l’on sème

Des moissons tues, de caresses à l’insu des passants

L’espace tend à s’affranchir, du fait que toi et moi soyons vus

 

La soie de l’espace courbe, est de sable et de sel sur nos serviettes. On s’offre en chairs à cet espace d’un instant, nos serviettes sont une, unies par ces miettes de sable et de sel et de désir. Que nous soyons vus ? Allons, l’espace se resserre : nous sommes la seule dimension.

 

Des lacets de sable et de sel, esseulés là dans les dunes

Dis-moi, sens-tu toi aussi l’intensité ?

A l’orée de maigres tissus, de sable et de sel

Des doigts nous tutoyons l’instant

Alors j’ai le jeu d’un recul

Je me ressers en profondeur

Le jet de tes yeux sourit, se ferme

Un peu frondeur j’attends

Et tu souris, tu as le talent d’un sourire

Ta langue a le talent d’errer

Derrière tes dents, d’une langoureuse attente

La tendre expansion de ton sourire

Des rires au bout de la langue, de la dune

Où tout a le goût râpeux de sable et de sel

Un tout d’une même densité : désir

Au-dedans ta langue caresse

Le sourire à tes dents, l’espacement

 

Dans l’architecture de tes traits, tu dis aimer superposer. Poseuse ! Je ne perds pas une pincée de sel à ta bouche. Dans l’espacement, ces langoureux écarts, de tes lèvres, de tes dents. La houle légère de ta langue. Ces écarts me sont la métrique de notre espace. Les écarts de notre temps, les passants l’ignorent comme la ligne à l’orée de laquelle j’ai franchi… le fin du sable et la fin dont tout désir voudrait s’affranchir. La fin du sable et du sel, la voilà : des espaces superposés, deux poussières se causant, agençant des galets comme de petites planètes ensablées. Des causeries l’espace d’un rien de temps. Mathématique insoluble de tous ces sujets, ces galets ensablés de façon anarchique : à l’anarchie du désir. Dans l’architecture de l’été, tu disais aimer superposer.

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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