De sable et de sel
De sable et de sel
Ce temps malléable, esseulés dans la dune
Espace tant désiré hier
Désirable hier ayant laissé une lacune :
L’espacement, deux poussières de sable et de sel
Parfois l’on n’a qu’une chance ! Mais hier invitait à tendre vers aujourd’hui. Cet univers-là ne s’étend pas, il se resserre. Etendus là, dans l’espace courbe du sable, là dans la dune, à déformer ses plants sauvages.
On pense aux vagues puisqu’on les entend, comme un son dérivant, une incessante sirène de va-et-vient, de graves s’éloignant, revenant. Toi et moi gravons d’autres mouvements, de sable et de sel, nous comblons cette lacune d’hier, là dans le pied de la dune.
L’espace manquant, ou manqué ?
Le temps d’hier manqua d’un peu
De sable et de sel sûrement
L’encas d’un feu, désirable éphémère
Décelables pourtant, ces courbures
Portance d’hier, de sable et de sel
Des lacets peu sûrs, deux poussières
Un jour façonnable, autre genre d’architecture
Quoi de plus polymorphe que deux corps qui se parlent ? Nous perlons d’un peu de sueur, sur le sable et le sel. Notre corps est un, qui se forme et se déforme, on s’allume d’un rien : du désir. C’est un univers qui ne s’étend pas, mais se resserre. Le seul expansif ici, c’est la profondeur de tes yeux qui, quand ils ne sont pas mi-clos comme à attendre nos lèvres, me délivrent du vert et du jeu.
Je veux bien errer dedans
Cet espace tendre
De sable et de sel, dédale d’un rien
Jouer ici à s’étendre
Dédale d’un rien : le désir
C’est en nous que cet espace se tend
Pas même des râles : des souffles
Des poussières essoufflées
Hier on semait, allant vers ici
En lumière hier nous nous sommes écrits, à aujourd’hui. Un jour, une nuit, se sont faits facteurs. Echelle à laquelle se hisser. Et saisir aujourd’hui, là, ici, dans la lascivité du sable, celle des courbes à ta peau, que le sel embrasse. Nous nous embrasons d’un rien : du désir. Et moi à l’embrasure de tes lèvres, j’en regarde l’espacement.
Je veux bien errer devant
Ici les spasmes du temps :
De discrets échos au vent
D’haletants petits souffles dans l’espace
Me sens-tu venir ? Tu souris à chaque fois ! Les yeux fermés pourtant, comme si tu savais. Que dans l’instant, mes lèvres vont conclure l’impact aux tiennes. Cette fois j’attends. Les persiennes de tes yeux s’ouvrent et s’aveuglent des rayons.
Je crayonne des caresses sur ton corps
Sans te faire concurrence, à l’orée de maigres tissus
De sable et de sel, de maigres dimensions
Dis-moi, sens-tu toi aussi que nous avons la même densité ?
De sable et de sel, les grains que l’on sème
Des moissons tues, de caresses à l’insu des passants
L’espace tend à s’affranchir, du fait que toi et moi soyons vus
La soie de l’espace courbe, est de sable et de sel sur nos serviettes. On s’offre en chairs à cet espace d’un instant, nos serviettes sont une, unies par ces miettes de sable et de sel et de désir. Que nous soyons vus ? Allons, l’espace se resserre : nous sommes la seule dimension.
Des lacets de sable et de sel, esseulés là dans les dunes
Dis-moi, sens-tu toi aussi l’intensité ?
A l’orée de maigres tissus, de sable et de sel
Des doigts nous tutoyons l’instant
Alors j’ai le jeu d’un recul
Je me ressers en profondeur
Le jet de tes yeux sourit, se ferme
Un peu frondeur j’attends
Et tu souris, tu as le talent d’un sourire
Ta langue a le talent d’errer
Derrière tes dents, d’une langoureuse attente
La tendre expansion de ton sourire
Des rires au bout de la langue, de la dune
Où tout a le goût râpeux de sable et de sel
Un tout d’une même densité : désir
Au-dedans ta langue caresse
Le sourire à tes dents, l’espacement
Dans l’architecture de tes traits, tu dis aimer superposer. Poseuse ! Je ne perds pas une pincée de sel à ta bouche. Dans l’espacement, ces langoureux écarts, de tes lèvres, de tes dents. La houle légère de ta langue. Ces écarts me sont la métrique de notre espace. Les écarts de notre temps, les passants l’ignorent comme la ligne à l’orée de laquelle j’ai franchi… le fin du sable et la fin dont tout désir voudrait s’affranchir. La fin du sable et du sel, la voilà : des espaces superposés, deux poussières se causant, agençant des galets comme de petites planètes ensablées. Des causeries l’espace d’un rien de temps. Mathématique insoluble de tous ces sujets, ces galets ensablés de façon anarchique : à l’anarchie du désir. Dans l’architecture de l’été, tu disais aimer superposer.
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle