Où est-elle?
L’autre jour aussi j’étais là
A respirer le presqu’été, la journée qui meurt
Autre jour, j’oscille du regard
Je les sais là ces îles, surtout celle-là
Le gris brille d’un presque rosé
Je laisse là la brise, le lalala du vent
A respirer le presqu’été, la côte et l’impossible :
Où est-elle passée dans ces là-bas d’océan ?
Labyrinthe de regards, est-ce qu’elle est partie ?
Comme d’un navire, l’escale est finie ?
Là-bas s’éreinte le jour mais on devrait la voir encore
Les nuages s’arrangent en escaliers
S’est-elle éteinte ?
Est-elle descendue, montée ?
Les teintes sont au rose toujours
Mais je n’en découvre pas le port
La porte de la Nuit s’ouvre
Mes yeux n’en finissent pas de me faire chercher
Pas le début de pores, d’une peau, d’une langue
A la recherche d’une langue de terre
Pas le début d’un pli !
Pas de brume pourtant
Par temps clair ou presqu’été on devrait voir…
Je rumine, j’arpente, j’erre
Le rose fulmine, l’air des escaliers grandit
Et l’île ose faire mine d’être partie !
Des îlots même pas, cheminent dans l’océan
Un phare s’y est perdu, sous les toits des escaliers
N’est-ce pas un comble ?
Le soir se penche sur lui, mes regards aussi
Mes regards oscillent mais ce récif n’a pas les hanches
On se perd et on cherche, comme à l’horizon du Styx
Immersion du rose, immixtion de la Nuit
Je me repenche sur ce phare, ces sommes de rochers
Comme à la planche je les somme de parler
Ils s’en fichent et se marrent, ayant déjà sauté
Ce phare me suggère…
Dans cette atmosphère de fin, fantomatique refrain
Que soudain elle pourrait surgir
Le gris bulle d’atomes éphémères
D’un presque rosé, des forêts d’escaliers
Y est-elle seulement ? Ce phare est tout ce qu’il reste
Ce manque d’une île à l’Ouest m’interpelle
En mortel j’interprète des signes
J’enquête encore pour quelques secondes, dans les rappels
Son corps l’a-t-elle fait traverser ?
Au travers des signes et escaliers
En mortel je me résigne
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle