Nuage
Un genre de nuage immense
Composé de prestance et d’agents d’infini
Tu t’immisces mais sans une intrusion
Enveloppante élégance aux prémices de tout, de nous aussi. Dans tes forêts, le lichen t’imite : il absorbe la moindre émotion qui l’environne. Et toi, mieux encore, tu les biberonnes, les nourris, leur redonnes corps et direction : enveloppante élégance allant parfois jusqu’à être timide de s’immiscer. Mais tu nous as tissés, alors…
Tu nous connais bien des fils
Garçon ou fille, ou homme
Tu défais le moindre chardon à nos pieds
Tu défierais le monde, amour de canopée
Canopée de nuages nous enveloppant
Nous soulevant sur les pires pentes
Nous soutenant du désir d’être omniprésente
Tu as la présence de l’air : invisible et caressante, fondamentale comme une femme et mère que sa famille toujours espère. Le seul éphémère en toi sont tes humeurs.
Le son de tes humeurs
Souffles agacés du fond des orages
Soufflerie de l’amour en lumière
Traversée comme un nuage
Comme d’un tour enveloppant, d’un tout rassérénant
Un genre de nuage immense
En velours d’attentions, en volées d’effusions
Le ramage de l’air qui en nous tisse sa science
Un tissage aux pourtours de patience et de vie
De pas ensemencés, de graines ennuagées
Métissage de rêveries en croissance
Nuage auquel aucune révérence ne saurait suffire. Tu souffles s’il le faut, pleut si nécessaire, ou réchauffe nos atmosphères. Nuage, nous sommes de tes atomes sur la grande sphère, à ton nom nous nous sommons d’être, composé d’août et de juillet, ton nom, né en septembre. Je n’y avais jamais pensé mais tu as la complétude de l’été.
Un été durable en nous
Nuage enveloppant et vulnérable
Invulnérable pour nous
De patauger à en bleuir comme le ciel d’un bassin
De partager de tout pour en venir à savoir nager
Ça vous érige des potagers
Nuage émérite, aux rites enveloppants
On ne transige pas avec l’amour
On en hérite des potagers
Qu’un nom d’un éternel été, avec amour, sait faire renaître comme s’il tenait la fenêtre du Temps. Petits éléments nous te regardons, flâner autour, par un tour en forêt, un autre en sommeil de canapé, à passer en revue des idées du monde. Mais toujours tu veilles, tu veillas, quitte à freiner la liberté de tout nuage : qui est d’aller. Immuable été, tu crées en nous des allées d’après, des chemins et roseraies de futurs. Tu nous arroses de tes hauteurs, sans rien t’arroger alors que tu… pourrais. Devrais ? « D’abord on n’est obligé de rien dans la vie ! » que tu as dit, nuage. Babillage d’une ironie : toi qui, pour nous, t’es obligée à tout. Non, tu ne t’es obligée à rien. Tu le fais par amour, l’amour que nous entonnons dans nos souffles. En ton nom, nuage composé d’un éternel été, et d’amour.
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle