Moderna
A l’entrée il y a deux femmes
De petite taille, la peau à même les os
Ou les os à même la peau, c’est un détail
Elles n’ont pas l’air hautaines, ni vantardes
Derrière une vitre elles attendent, ceux qui tardent sûrement
Elles ont l’allure un peu mexicaine, vous attendent sans bailler
Elles sourient, saluent sans éventail
A l’entrée le courant d’air taille sa part
Dans le hall de l’hôtel, la vitre est là pour les protéger
L’invité lance ici ou là ses regards
S’il est tard l’hôtel est désert sauf si
Attentive sans être agressive, une paire de cils regarde :
L’hôte est là, veilleuse, quelque part sans pouvoir la voir
Son pouvoir est là, de sortir de l’ombre ou du désert du hall
Et sous des airs protecteurs ou maternants
Elle s’enquiert, de savoir qui, de savoir quand
Dans la lumière nuit et un peu ambre
De savoir qui erre ici et vers quelle chambre
Puis assurée de ne vous savoir pas errant
Vous passez, ce hall ou les escaliers dominant
Un puits dans le patio, ses murs blancs
Ou depuis les étages, le pas sous silence dans les airs nuit
A moi ce patio me dit des images de Buenos Aires
D’autres passions, d’autres vols de nuit
A l’image cependant d’un même continent, d’un genre d’accent
De l’hôte à l’attention qui veille, comme une ombre ici
De Colombie, au long des murs blancs à l’air libre
De Buenos Aires me revient le Bolívar
Comme d’un beau livre ouvert titrant « avant »
A l’air libre du patio, aux étages ou au niveau du puits
Votre lit ouvre ses bras, ceux de votre nuit
La suite est vôtre et sous parapluie d’intime
A rebours du sommeil ou d’autres genres de rêves
De Cherbourg ou d’autres genres de Buenos Aires
Où le moderne agence un patio, un accent
Un terrain où amerrir, ensommeillé ou veilleur
L’Amérique en veilleuse, sereine
Ou sous vos rêves, vers bien d’autres ailleurs
Jean-Marie Loison-Mochon