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Tu commences à me connaître, je ne suis pas du genre trop belliqueux. Pourtant, plus je nous regarde et plus ces regards me persuadent que toi comme moi, sommes à graviter autour de cette idée : la maîtrise de notre violence.

Ensemble, nous la convertissons désir. Et lorsque nous ne sommes plus convergence ? Je vois dans ces indépendances que tu reprends, qui te reprennent, qu’un nuage immense te parcourt. N’héberges-tu pas une nébuleuse ?

Quand je ne suis plus à toi, que tu n’es plus à nous, je te vois, partir loin en pensées. Comme tu pars ces jours-ci, accompagnée de ton chien de chasse. La violence est un sujet délicat, je sais. Et tu n’es pas bien plus belliqueuse que moi. Quoique ? Peut-être as-tu toujours vécu avec cette sensation d’être au-dessus du monde et de ses multitudes, rapport de domination que tu n’as jamais vraiment désiré mais le monde t’a désirée telle : au-dessus de la mêlasse. Depuis, chahutée ou déchue, battue et déçue, puis relevée, rien ne peut faire obstacle à cette femme que tu es, à la manière que tu as de t’élever toujours, car telle est la voie que la Providence et la vie t’ont façonnée.

C’est une erreur hideuse que font les gens du jour, de croire les hautes altitudes confortables. Il faut savoir y respirer, s’y nicher, survivre, s’en nourrir et s’y créer de l’espace.

Ton chien de chasse joue comme à t’imiter, à courir les odeurs, à fureter d’instinct : en toute animalité dans des zones connues ou inconnues. Ta chienne, elle s’expose en permanence à rencontrer l’opposition, l’animosité et le conflit. Pourquoi ? Par désir de s’explorer, de ressentir, de parcourir, de s’épuiser sans le savoir, de se fatiguer sans s’user : vivre.

Je ne suis pas sûr de ça que je vais te dire mais peut-être : que tu te serais voulue comme tous les autres parfois, que tu aurais voulu en être ni plus ni moins, ni plus grande, ni plus forte, ni plus triste, pas différente. Comme ta chienne, qui ne comprend pas pourquoi les petits animaux de la forêt, les oiseaux, les chats, certains autres chiens, ne veulent pas jouer avec elle. Pourquoi elle se retrouve alors à continuer son chemin au travers des fourrés, comme un météore traversant l’espace vide et froid. Là est le point : c’est son passage qui crée de la chaleur, qui dompte la noirceur par la lumière qu’elle produit. Que tu produis. Ensemble je l’ai dit, nous ne sommes pas différents : comme de l’argile, comme à manier la céramique, nous façonnons notre noirceur de désir. Nous trouvons à maîtriser la violence du vide et de la matière.

J’aime à voir ta chienne revenir amoureusement vers toi. Elle ne s’appelle pas Sirius, elle aurait pu. D’un amour filial, de s’en remettre à toi comme à une aura plus grande que la sienne. A mes yeux, tu as ce pouvoir sur le monde : ton aura dépasse celle de bien des gens. Tu ne l’as pas demandé, la vie t’a faite ainsi, t’a ainsi mise dans des circonstances de nature à créer une bulle autour de toi, en toi. N’abrites-tu pas une nébuleuse ? Une bulle que des événements violents auront percée, nébuleuse qui depuis lors déverse ses éclairs mauves, ses nuages crépusculaires depuis toi, de beauté, de colère ou de grâce sur le monde qui t’entoure. Sans merci ni pitié, car ces choses sont inutiles.

Pourtant, certains comme moi osent s’aventurer dans ton électricité, comme de poser la main sur le ventre d’un chat. Ma main sur ton ventre et vice versa.

Cette atmosphère chargée, tu ne la retournes pas contre moi, contre certains de ces autres qui te fréquentent. Je te perds ? Enfants, nous nous sommes tous les deux perdus. Ou peut-être ne nous y sommes jamais retrouvé, dans ce monde étrange que nous habitons.

Mais nous nous sommes trouvés, je suis venu te chercher, félin à la rencontre de ses instincts. Sais-tu que j’ai grandi aussi, dans un de ces genres de bulles que la mort a percées ? Nous n’avions pas la même, certainement. C’est une certitude, même. Mais il y a du mimétisme ou une gémellité, entre les constellations de nos vies.

Pour cette raison, plus je nous regarde et plus je nous vois enfants. Comme de te savoir partir avec ton chien de chasse. Je vois la petite fille, que le monde ne peut ni tout à fait comprendre, ni véritablement accepter. Elle est trop grande pour lui, elle est trop différente d’eux.

Je voudrais te dire ce que je vois de cette enfant, je voudrais la percevoir mieux. J’approche. J’approcherai encore car j’aimerais commencer de mieux te connaître. Ma violence désire la tienne. Puis-je approcher ? De toi. Car… n’es-tu pas faite aussi, d’une nébuleuse ?

 

Jean-Marie Loison-Mochon

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