Mères et filles
Mère et fille, à errer du regard
Mère et fille, je vous vois
A l’écart de quelques mousses
Dans ces bois, dans ces allées
A l’effort des yeux, des pas, chercher
Cherchant ici ou là les saveurs du soir, du repas
Moi qui cherche aussi, les ferveurs du crépuscule
Ces bois sont un maquis, perché par ici
L’effort veut que la persistance y soit récompensée
Comme un trésor de résistance à la pluie endurée
En des rêves ne serais-je pas déjà venu ?
Dans ces avenues d’allées, j’aurais comme un déjà-vu
En des rives anciennes, à la dérive en des années
Mère et fille à vous voir errer là
Mère et sœur vous tutoyez sans le savoir
Le doux voile de mon passé, d’un foyer tutoyé
Feu que je revois ici, sans l’avoir su en venant
J’en prends une suée de souvenir et de ferveur
Dans les douces voies mousseuses, mon sang fait un tour
Lave intérieure qui crépite comme de pétards
Par un regard je revois tout, toute la douceur d’alors
En ces bois la louve, à l’heure où j’étais loup
Par la main une petite patte, à l’autre un panier
Par la manche de ce manteau bien trop grand
Un manteau noir et je ne peux pas nier le hasard
Par le hasard d’un regard, le feu persistant
Qui se perdit sans même savoir comment
Mère et fille vous me redites ce temps, mère et sœur
Mes résurgences et mes redites, vous les tutoyez
Je n’aurais pas même su, en jouant à ce jeu qu’est revenir
Que j’errerais en regards soudain, sur le vernis d’un avant
Sous d’insaisissables voiles de temps, de pluie
Elles se terraient là toutes ces circonstances, depuis
Elles se tenaient là depuis
A attendre ce moment, celui où s’agglomérer
Où ? Ici, à tendre les yeux pour trouver
Qui ? Vous mère et fille, à errer du regard
Et la saison qui presse la pluie de nous couver
Mère et sœur vous effleurez une saison de ma vie
Mère et sœur je vous vois
Mère et fille à errer là comme à l’horizon des ans
Mère et fille je vous revois
A errer là comme deux flammes dans un foyer
Ephémère revoyure, en voyant une mère et sa fille
Femme et fille je vous revois au travers
A revers de la pluie et des années
Mère et fille à errer là soudain
A la recherche enthousiaste et joyeuse
Enthousiastes et joyeuses sous d’inlassables pluies
Mère et fille à errer là, joyeuses
Et soudain disparaître, insaisissables
Mère et fille à nouveau
A tous vents les mots dans l’air
Maravilla, couvant ici pour me surprendre
Mère et fille oui, je fus surpris
Comment aurais-je pu m’y attendre ?
Vous revoir ici en forêt comme deux esprits
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle