Même si cette ville n’a rien à voir
Cette ville n’a rien à voir, sauf son nom
J’y ai eu l’histoire, à un soupçon de rien de l’être
De l’être quoi ? Rayures de flou
D’être un ensemble et enveloppant
Comme une lettre au futur, faite de chair et de sang
D’être ensemble, se prolongeant
Mais cette ville n’a rien à voir, semble-t-il
Son nom seul me replonge dans le cycle d’avant
C’est illusoire peut-être, mais l’esprit est éponge
A mots, à émotions, pour une lave en éruption
Or il n’est pas illusoire ce nom, qui fait irruption
Il se love ici ce soir dans cette chambre
Il s’élève à la cime noire du crépuscule
Dans les dernières lueurs, décombres d’ambre
Au crépuscule d’un cycle, avant la bascule
Au sommet des ombres s’écrivent des horizons
Ceux du cycle d’ici s’allient à ceux du cycle d’avant
Car ici est maintenant, quand avant est là-bas
Je les caresse indistinctement, ici
Dans la ville où le soleil se couche, sans empressement
Repensant à la ville dont le nom m’est ironie
Dans la vie lointaine de ces cycles, je revois
Cette ville m’envoya après, les prés d’un drapeau
Dont au confluent de l’orient, je me pris à étreindre
Les prismes d’une peau, les traits d’un esprit
Don qu’aucune influence ne surpasse : féminin
Mais ces villes n’ont rien à voir, à peu près
Trois vies, lointaines voire…
Peut-être en fait auraient-elles tout à voir
Mes oreilles tintent de toutes ces voix
Elles appareillent de l’Odet, de la rade ou du port
Sans pareil de Lorient, à Brest, à Quimper
Toutes éparpillées dans l’Ouest, qu’une Buenos Aires regarde
Et ces villes n’ont rien à voir, sauf un nom
Qui sévit sans vieillir, du cycle d’avant
Je vitupère au crépuscule, en lueurs noires
Je leurre les mots, je les leur lègue, aux pages
A la page d’avant j’ai été père
Et si j’ai ce retour du mot, c’est qu’un cycle finit
D’aventures en alpages, je ne fus pas qu’un père
Cette vie-là s’enfuit, comme j’ai fui
Et cette ville n’a rien à voir
Sauf qu’enfoui dans son nom
Il dissone un flou plein de cambouis
Qu’imperturbable en rien j’entends me narguer
Quimper turbulente, comme une vague entêtante
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle