Même si cette ville n'a rien à voir - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Même si cette ville n’a rien à voir

Cette ville n’a rien à voir, sauf son nom

J’y ai eu l’histoire, à un soupçon de rien de l’être

De l’être quoi ? Rayures de flou

D’être un ensemble et enveloppant

Comme une lettre au futur, faite de chair et de sang

D’être ensemble, se prolongeant

Mais cette ville n’a rien à voir, semble-t-il

Son nom seul me replonge dans le cycle d’avant

C’est illusoire peut-être, mais l’esprit est éponge

A mots, à émotions, pour une lave en éruption

Or il n’est pas illusoire ce nom, qui fait irruption

Il se love ici ce soir dans cette chambre

Il s’élève à la cime noire du crépuscule

Dans les dernières lueurs, décombres d’ambre

Au crépuscule d’un cycle, avant la bascule

Au sommet des ombres s’écrivent des horizons

Ceux du cycle d’ici s’allient à ceux du cycle d’avant

Car ici est maintenant, quand avant est là-bas

Je les caresse indistinctement, ici

Dans la ville où le soleil se couche, sans empressement

Repensant à la ville dont le nom m’est ironie

Dans la vie lointaine de ces cycles, je revois

Cette ville m’envoya après, les prés d’un drapeau

Dont au confluent de l’orient, je me pris à étreindre

Les prismes d’une peau, les traits d’un esprit

Don qu’aucune influence ne surpasse : féminin

Mais ces villes n’ont rien à voir, à peu près

Trois vies, lointaines voire…

Peut-être en fait auraient-elles tout à voir

Mes oreilles tintent de toutes ces voix

Elles appareillent de l’Odet, de la rade ou du port

Sans pareil de Lorient, à Brest, à Quimper

Toutes éparpillées dans l’Ouest, qu’une Buenos Aires regarde

Et ces villes n’ont rien à voir, sauf un nom

Qui sévit sans vieillir, du cycle d’avant

Je vitupère au crépuscule, en lueurs noires

Je leurre les mots, je les leur lègue, aux pages

A la page d’avant j’ai été père

Et si j’ai ce retour du mot, c’est qu’un cycle finit

D’aventures en alpages, je ne fus pas qu’un père

Cette vie-là s’enfuit, comme j’ai fui

Et cette ville n’a rien à voir

Sauf qu’enfoui dans son nom

Il dissone un flou plein de cambouis

Qu’imperturbable en rien j’entends me narguer

Quimper turbulente, comme une vague entêtante

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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