Le corps d’ombre
Cette plage serpente
Comme un cours d’eau
Le rivage s’y évente, comme le jour
Où court un crépuscule, en avance
Il s’y invente des lueurs et un corps d’ombre
Au cœur des virages, des groupuscules d’arbres
Pas bien majuscules, qui dardent encore un peu
Qui tardent à s’éteindre, mais moins que la vie au large
La vue aux largeurs d’horizon
Elle s’arquera et se teindra, la dernière
Quand là dans les couloirs de cette plage
Le cours noir de la marée qui se retire
Est parcouru par le soir comme une mare qui en finit de rire
Une mare qui s’enfuit vers la mer
Ou une mer qui s’enfouit dans le sable
Ephémère corps d’ombre de cette plage
On court au loin en rayons violets
On vit au loin encore en jour mais vers la nuit
Et le corps d’ombre ici anticipe cette matrice
Dans la voilure d’un ciel bientôt d’étoiles dissipées
D’étoiles disséminées par-dessus la mâture d’une ligne
L’horizon souligne que tout se fond à l’heure de l’ombre
Que tout se refonde et se confond, comme espace et océan
On dit l’un immensité, l’autre infini
Et le corps d’ombre de la plage s’en nourrit
Sans fin, dans le jour qui fuit, dans la nuit qui finira
Plage nourrie par la chafouine Iroise
Et son corps d’ombre serpente, au doux rire crépusculaire
Prêt à s’ouvrir un jour, inopinément renaître
Cette plage sourit, reliant par une corde onde et terre
On dit marée, on déterre les lueurs ensablées
Le cours d’eau se sauve ici, revient bientôt
Le crépuscule a tôt fait de revenir et nourrir encore
D’épuiser ses lueurs dans ce corps d’ombre
Dans ce couloir en avance sur la nuit
Dans ce coude en partance ou instance de retour
Ce court instant du crépuscule ensorcelle
Il abreuve en sel et lueurs ce corps d’ombre
Cette plage serpente en luisances
Comme une anse d’où la nuit naît
De ce corps d’ombre endormi
Comme un cordon aux dehors bientôt noirs
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle