Le tissu
A chaque année son tissu
Quand les troupeaux préfèrent chicaner le vert
Un berger aux doux mots de rire les trouve
Les trouve au-dessous de l’ombre, ces tissus
Posés là comme par délire, à son insu
A chaque année son tissu, dans ce même lieu
Déposés là dans la faille, comme issus de la terre
Au milieu des verts alpages de juillet
A mille lieux de savoir par qui
A la page de chaque été, un tissu de déposé
Comme un marque-page, logé d’année en année
A la magie du jour, à la magie du lieu
En quel honneur s’ingénie-t-on à les y déposer ?
Et chaque année il en déloge un
Comme un éloge à la lave, mais ?
Comme un tissu d’apogée de découpé
Et chaque année il en déloge un
Depuis l’âge de six ans qu’il vient
Dupé par l’ajout chaque année
Chicané par un passant qui a joué au trésor
Du pré il se souvient toujours, et du rocher
Et dans le rocher du pré, le tissu revient
Logé là chaque année, alors
A l’heure de les trouver, il en revêt ses bêtes
A l’orée de leur pelage, un collier noir
Il en rêverait, de savoir qui
D’année en année, lui est ce quidam
Qui réenveloppe la faille ferrugineuse
Comme une feuille tombée de manière ingénieuse
Puis une année, une enveloppe
La pluie en avait lavé beaucoup d’encre
Mais entre les laves décrépies de mots
Larme à l’appui, il put lire amitié
A une âme qui ici disparut dans l’alpage
Délire puissant d’une page de brume
Le berger peut lire aussi que ce tissu était drapeau
Une brume d’idées issue d’idéaux
Un genre de cadeaux des altitudes
Bien qu’au disparu, lut-il
Bien qu’au disparu il puisse être vain de lutter
Qu’il puisse même être inutile de lutter
Sauf contre l’oubli, ce mal puissant
Dans ces contrées des ans passés
Alors qu’en cette faille il s’y puise un tissu
A l’amitié, conviction jamais épuisée
Qu’il s’y puise là, même mité
Un tissu
Même mité
Noir
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle