Le tissu - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Le tissu

A chaque année son tissu

Quand les troupeaux préfèrent chicaner le vert

Un berger aux doux mots de rire les trouve

Les trouve au-dessous de l’ombre, ces tissus

Posés là comme par délire, à son insu

A chaque année son tissu, dans ce même lieu

Déposés là dans la faille, comme issus de la terre

Au milieu des verts alpages de juillet

A mille lieux de savoir par qui

A la page de chaque été, un tissu de déposé

Comme un marque-page, logé d’année en année

A la magie du jour, à la magie du lieu

En quel honneur s’ingénie-t-on à les y déposer ?

Et chaque année il en déloge un

Comme un éloge à la lave, mais ?

Comme un tissu d’apogée de découpé

Et chaque année il en déloge un

Depuis l’âge de six ans qu’il vient

Dupé par l’ajout chaque année

Chicané par un passant qui a joué au trésor

Du pré il se souvient toujours, et du rocher

Et dans le rocher du pré, le tissu revient

Logé là chaque année, alors

A l’heure de les trouver, il en revêt ses bêtes

A l’orée de leur pelage, un collier noir

Il en rêverait, de savoir qui

D’année en année, lui est ce quidam

Qui réenveloppe la faille ferrugineuse

Comme une feuille tombée de manière ingénieuse

Puis une année, une enveloppe

La pluie en avait lavé beaucoup d’encre

Mais entre les laves décrépies de mots

Larme à l’appui, il put lire amitié

A une âme qui ici disparut dans l’alpage

Délire puissant d’une page de brume

Le berger peut lire aussi que ce tissu était drapeau

Une brume d’idées issue d’idéaux

Un genre de cadeaux des altitudes

Bien qu’au disparu, lut-il

Bien qu’au disparu il puisse être vain de lutter

Qu’il puisse même être inutile de lutter

Sauf contre l’oubli, ce mal puissant

Dans ces contrées des ans passés

Alors qu’en cette faille il s’y puise un tissu

A l’amitié, conviction jamais épuisée

Qu’il s’y puise là, même mité

Un tissu

Même mité

Noir

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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