L’île allégresse
Sous couvert du crépuscule et ses couleurs
J’ai découvert une île
J’ai lu l’horizon, sans tout comprendre
J’ai feint l’ignorance, afin de mieux désapprendre
Et des après se sont ouverts
L’île nous rend ce que nous sommes :
Des après sous couvert de l’explorer encore
Sous quel hiver ou quel été, je ne sais
Mais je ne cesse de la regarder
La regarder me délivrer ses regards
Allégresse, que ça se dit je crois
Alors au gré de l’île je garde ce mot en moi
Là si la grisaille brandit une île
S’il la grée comme une voile qui baille encore
C’est qu’il y a l’agréement d’une course au loin
Là dans les coursives du temps
Tenant la douce rive de sa main
Le tout, c’est de suivre nos instincts
D’explorer les instants, sans la certitude de rien
Le voyage est à ce prix : se poursuivre sans savoir
Ceux qui savent ne connaissent le prix de rien
Ceux qui suivent ceux qui connaissent, se méprennent
Car ceux qui connaissent méprisent le lien,
Ce chemin qui s’établit ici entre l’île et l’allégresse
Ce sentier qui me tient : elle, et cette garantie de rien
Et c’est à luire ici qu’il faut s’atteler, d’allégresse
Dans cet atelier qu’est l’horizon : une allée qui digresse
S’il y avait un théorème, une leçon à apprendre
Je lui préfèrerais un poème, sa main comme une chance à prendre
A prender el fuego, je joue et ris en me relisant
Seuls elle et l’horizon, elle et l’île me sont luisants
Le feu est gommé sitôt qu’on l’étouffe, alors j’inspire
Je la respire comme une illusion, un gouffre à rêve
Et je m’engouffre à la rive de ses mains
J’arrive à semer à ses côtes, un désir évasif
Car le désir doit s’évaser pour que la liberté accoste
Nos ressacs me grisent de secousses : terre !
Du bout des doigts le désir est vague
Et le désir bout de vagues aux doigts
J’ai découvert une île, elle s’étoile ici
C’est elle ici, comme un lointain qui s’étale
C’est une île qui se confond, déversant de l’incertain
On y est sous un seul toit, inversant le jour et le temps
Elle et moi sous la nuit, unis vers l’horizon
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle