Lave - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Lave

Parce que ma bouche se tait,

pensez-vous que mon cœur repose?

A.G.

Sais-tu ce qu’est le feu contrarié ?

C’est quand comme hier ou comme mille fois

Le camp des œillères et du sûr, te juge

D’hommes ou femmes, souvent c’est un groupe

Du sucre il s’en cassera mais plus tard

C’est un coup à prendre, à encaisser même pas

Car il s’en dira de toi quand sur le dos, tout au chaud

Tout au fond des jugements, là juchés sur l’oreiller

Et les œillères et le sûr : juchés sur l’argent

Il s’en dira de toi, tu le sentis par anticipation

Comme au bûcher ton image s’incendiera

Parce qu’en argent on vaut le double

Parce que juché sur l’argent, ce camp-là sait qui, quand, quoi : mieux

Ce camp-là se croit capable de vaudou

Mais sans l’argent, est-ce qu’il vaut double ?

Quant à l’amorce ou la mèche à ces mots ?

C’est quand tu es le feu contrarié

Les flammes te lèchent le cœur comme un doux flot

Homme tu es le fou, sur l’échiquier un pion

Mais tu fais comme si tu ne savais pas

Qu’avachis à vaquer sur l’oreiller, juchés sur l’argent

Les jambes écartées ou cavalier, on t’incendiera

Mais tu te fiches de ce qu’on dira, d’être avalisé

Car ton sang dira ce mot, qui vaut toutes les promesses

Au moins le double de toutes ces foutues messes

Ce mot que l’inconscient te laisse comme héritage

Toi pas à la page des rituels de l’argent

Ce mot ou toi qui au passage, en argent ne valez rien

La conscience a son double et ce mot t’en vient

Tu as le feu, tu es le feu, un présage pour toi seul

Cible des prés sages, incompréhensible à ceux-là

L’ogresse est là en toi, comme une fièvre miscible

Ni la ferveur ni la joie, homme ou commune poupée

Le vaudou t’est intérieur, il tinte ou crépite en toi

Tu parais éteint mais en palpite, de ce mot

Il vaut double voire des millions d’étoiles

La folie dont on dit, la folie des on-dit

Elle n’est qu’une fiole avalée par les voies de ton volcan

Car là au fond, la lave a les allures de joies ou ferveurs

Mais l’ogresse est autre et là, vacillante et vague

Scintillante vague d’un magma

Brillant amas, flou, à toi, à moi

Fougue attirante à qui la voit, l’ogresse là

Ce feu guette, contrariant ou contrarié

Ce mot goutte, irradiant

L’ogresse est là, dessous

Lave allégresse, lasse de végéter

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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