Lave
Parce que ma bouche se tait,
pensez-vous que mon cœur repose?
A.G.
Sais-tu ce qu’est le feu contrarié ?
C’est quand comme hier ou comme mille fois
Le camp des œillères et du sûr, te juge
D’hommes ou femmes, souvent c’est un groupe
Du sucre il s’en cassera mais plus tard
C’est un coup à prendre, à encaisser même pas
Car il s’en dira de toi quand sur le dos, tout au chaud
Tout au fond des jugements, là juchés sur l’oreiller
Et les œillères et le sûr : juchés sur l’argent
Il s’en dira de toi, tu le sentis par anticipation
Comme au bûcher ton image s’incendiera
Parce qu’en argent on vaut le double
Parce que juché sur l’argent, ce camp-là sait qui, quand, quoi : mieux
Ce camp-là se croit capable de vaudou
Mais sans l’argent, est-ce qu’il vaut double ?
Quant à l’amorce ou la mèche à ces mots ?
C’est quand tu es le feu contrarié
Les flammes te lèchent le cœur comme un doux flot
Homme tu es le fou, sur l’échiquier un pion
Mais tu fais comme si tu ne savais pas
Qu’avachis à vaquer sur l’oreiller, juchés sur l’argent
Les jambes écartées ou cavalier, on t’incendiera
Mais tu te fiches de ce qu’on dira, d’être avalisé
Car ton sang dira ce mot, qui vaut toutes les promesses
Au moins le double de toutes ces foutues messes
Ce mot que l’inconscient te laisse comme héritage
Toi pas à la page des rituels de l’argent
Ce mot ou toi qui au passage, en argent ne valez rien
La conscience a son double et ce mot t’en vient
Tu as le feu, tu es le feu, un présage pour toi seul
Cible des prés sages, incompréhensible à ceux-là
L’ogresse est là en toi, comme une fièvre miscible
Ni la ferveur ni la joie, homme ou commune poupée
Le vaudou t’est intérieur, il tinte ou crépite en toi
Tu parais éteint mais en palpite, de ce mot
Il vaut double voire des millions d’étoiles
La folie dont on dit, la folie des on-dit
Elle n’est qu’une fiole avalée par les voies de ton volcan
Car là au fond, la lave a les allures de joies ou ferveurs
Mais l’ogresse est autre et là, vacillante et vague
Scintillante vague d’un magma
Brillant amas, flou, à toi, à moi
Fougue attirante à qui la voit, l’ogresse là
Ce feu guette, contrariant ou contrarié
Ce mot goutte, irradiant
L’ogresse est là, dessous
Lave allégresse, lasse de végéter
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle