L’état véritable
Il faut fréquenter les marges et lisières
Mais fuir la marginalité
Il y a trop de quoi s’y enliser
Comme dans ces voix qui tombent des étages
De la décadence de quarante ou cinquante ans d’âge
Il n’est pas entendable pour moi de se résigner à la misère
La mort, plutôt que le lisier de déchéance que j’entends
Que je me choisirais, si la vie me disait que la chance est définitivement passée
Plutôt que lâchement lester les esprits qui luttent
Du poids d’existences misérables et même plus risibles
« On n’est jamais trop cruel avec les imbéciles »
Ceux-là qui tablent sur un coup de truelle en plus
Pour s’emmurer dans la folie, la protestation non pas humaine mais immaîtrisée
Murmures, jacassements ou cris pas même méprisables
Je n’accepte pas le prix que ces êtres veulent faire payer
Je veux bien inventer un pays à ceux qui se battront
Mais rien, pas même rien qu’un caillou pour ces disques rayés
Qui médisent quantitativement du monde qui ne leur donne jamais assez
A boire
Marasme imbibé de ces marécages en pleine urbanité
Condamnés à errer, ramasser du bâton pour leur bêtise
Puisqu’il ne leur est pas possible de creuser comme en terre
Sous le béton pour définitivement se fondre
Faire que le chaos laisse son ultime commentaire
Passant de la vie, cet écrit dense
A l’état véritable et leur plus fidèle écrin
D’une inexistence
Jean-Marie Loison-Mochon