Les trois points

Ayant passé mes quatre embouchures,
La jeune femme quitte leur lit.
Dépités, les deux autres êtres, eux,
Laissent filtrer quelques flétrissures ;
Courants sur leurs mines endormies.
Je noie, j’éteins, leur état de feu,
Sur elle chutant, vierge parure.

De dos, ils ne la voient pas sourire.
Ravissante en ce premier matin,
Ravie d’étreindre cet ouest lointain,
Elle perçoit sa joie qui s’étire.

L’un se redresse, vers elle assise.
Puis il la caresse, en la frôlant.
Affolée, c’est à mes contours blancs
Que sa peau nue frise et s’électrise.

Alors, le regard de l’autre luit
D’égarements en des latitudes ;
Une découverte très au sud
Le fait s’illuminer, ébahi.

En contrebas de mon horizon,
La discrète marque constellée
Creuse un sillon – sa curiosité –
Au gré des petits points d’un vallon.

Hypnotisé qu’il est, je le vois !
Attiré par l’empreinte naissante,
Autant que par la forme dansante
Qui cadence son pas noir sur moi.

Rendant captive sa chevelure,
Elle leur délivre le secret
De son baptême de coloriage.
Moi, linge-roi de ses échancrures,
Les contemplant tous trois je me tais,
Quand ils se lèvent avec les nuages
Vers le port de D., à l’aventure.

 

Jean-Marie Loison-Mochon