Violences légitimes
Petit peuple éploré, tu protestes.
Petit peuple ! Eploré, de quel deuil ?
Qui pleures-tu ? Est-ce ton confort ?
Que tes jours ne paissent plus en paix ?
Du bien peu que pèsent les poches de ta veste ?
Ton peu de bien acquis, l’écureuil !
Car tu te sens au seuil de la mort ?
L’écu-roi, ton combat désormais.
Guerroyer pour la plata ? Brillant…
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Bêler après l’or, après les prix !
Les pores enfumés au tabac.
Petit peuple, effeuillé, dépouillé ?
Ta révolte est-elle monnayable ?
Le vol t’est-il chose si banale
Que réparé par compensation ?
Ta fronde est-elle si creuse, basse et rouillée ?
L’affront et toi seriez lessivables ?
Les ronds mettraient fin à ta cabale !
Ta colère arrondie ? Reddition.
Maigre faim d’émois tue. Et d’argent !
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Bien triste est la pâleur de tes cris.
A balles réelles ? Tu t’en vas.
Petit peuple ! Avaleur de couleuvres !
Ton appétit ne va qu’à la maille,
Seule valeur qui vaille ? Fongible.
Idéaux rimant d’euros, d’heureux.
Et tu te plains, quand ta servitude est ton œuvre !
Alors, qu’inculquer à ta marmaille,
Quand tu tends ton cul, nul, ostensible ?
Quémandant la fessée, besogneux !
Interdit transgressible ; loisir.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Cul-rouge, ton gage favori
Mignon épris de ses attentats.
Petit peuple, que lègueras-tu ?
Tes lèvres auront tant baisé la crasse,
Tant embrassé la verge qui claque !
Ta bouche porte lèpre et dégoût.
A l’âpreté mal embouchée, tu cries « grand cru »
Ton palais est ivre de vinasse.
Le goût ? Devenu notion opaque
La lotion t’a eue, te voilà saoul,
Sous le joug des matérialités.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Pour la potion argent, sa magie,
Tu cries « nation debout ! » à tout va.
Petit peuple, alors, quel héritage ?
Valeureux pour un peu de monnaie.
Qu’en est-il du triptyque aux frontons ?
Rien d’épique dans ton portefeuille.
Guérites ! Pics ! Pour l’été, aller à la plage ?
Courageux pour un sous, ton souhait.
« Outragé » dis-tu, sur le ponton.
Piteux ! Dessous la planche ? L’écueil.
Babilleur du bilieux billet.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Mais c’est tout seul que tu t’es maudit
Engagé à payer ton trépas.
Petit peuple, qu’est-ce que tu beugles !
Manifestant pour l’acquis. Soucieux ?
Brandissant ta conscience. Sociale ?
Bonne ? Balayant toutes les portes
Sauf celle de la Sécurité, qui t’aveugle
Inertiel infini, capricieux
Prétentieuse idée, mille filiales
Pour oublier que la Mort emporte.
« Préserver ! » à tout prix : t’asservir.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Tu carbures à plein, sauf à « vie »,
Te plaignant d’impôts tondant à ras.
Petit peuple, quelle échappatoire ?
Dans tes écrans, enfumage opaque.
« Miroir, miroir, montre-moi le vide ! »
Optique mise à sac de l’esprit
Aux p’tits soins quant à t’oublier, t’auto-déchoir.
Oh, en neurones, ah, ça ! Tu raques !
Dopé à saturation morbide,
D’autorité, les visions t’ont pris
Satellisation au bien médiocre.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
A bras le corps, prendre ton ennemi :
Toi-même : te ressaisir, fissa.
Petit peuple, concorde aux bougies !
T’écriant « vous n’aurez pas ma haine »
Tu te mets tout seul la corde au cou.
L’amour, extrême, vaut son pendant.
Défais-toi de tes bons sentiments, leur bouillie.
Essaime ta colère et ta peine,
Haïr, c’est semer des jours plus doux.
Haïr, à « créer », vaut son pesant.
Détruis ! Ta morale t’affaiblit.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Enfant de la colère et ses bris,
C’est la destruction qui te créa.
Petit peuple, laïque inconstant !
Tu craches sur les curés, l’Eglise
Reniant ton histoire, et pour que faire ?
Manier et remanier ses faiblesses !
Giflé, tu tends l’autre joue ! D’un crétin, l’enfant.
Prêcheur du « libre », « égal », tu t’enlises !
Oui au voile et non au Saint-Suaire ?
La femme ? Un frère ! En délicatesse,
Que l’on veut réduire à une fripe !
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Soumission aux Livres-du-mépris.
Frater ? Sans liant. Tu ne lis pas.
Petit peuple, vecteur de valeurs ?
Bon lectorat vaut électorat,
Contrer le torrent-Absurdité
En irriguant la contrée-Savoir.
Souviens t’en, être électeur, c’est être lecteur
De ce que l’époque souffrira.
C’est une cure à la surdité
L’œil que tu ouvriras : méritoire.
Histoire + cécité ? Plein mur.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Les valeurs écrites ? Dans l’oubli.
Crédule, ton esprit marche au pas.
Petit peuple, ta déconfiture,
Tu la fais bouillir dans l’abstention.
Justine candide et abstinente
Prude ! A la merci d’effets pervers.
Satyres-télévision souillant tes dorures.
Divertissements : des diversions.
Complot ? Tour d’ivoire ? Non, flagrante.
On t’engraisse, la manœuvre est claire.
Dis voir, le sais-tu, que l’on t’engrosse ?
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Le droit de penser, tu te l’occies.
Le vote, confiture aux cochons.
Petit peuple, ‘faut croire qu’ça t’botte !
Propre ouvrier de ta soumission
Sale employé, les basses besognes
Sont bien tes seuls lots et récompenses.
Salarié de ce quotidien qui te pelote.
Sanglots et servitude : ablution.
Ankylosé, tu crois aux cigognes
Aux hottes et aux barbus à panses !
Mais sanglé, sans rire, le fouet tombe.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
A l’arbre, tu prends le fruit pourri
Un vers solitaire pour repas.
Petit peuple fringué en fluo,
Erreur ! Révolte couleur-cocu !
Tu te la fais toi-même à l’envers.
Ton crédit de colère, flingué.
Jaune… Pourquoi t’oses pas voir rouge, plutôt ?
Parce que t’es descendu dans la rue
Rien qu’pour un problème bien primaire :
Ta mère la thune, malmenée.
Putain choyée qui te tient fort par…
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Maquereau présidant, appauvri,
A ta destinée-anonymat.
Petit peuple, assoiffé d’un peu d’flouze
T’aurais dû t’en tenir à l’alcool
Au moins, le populo’ était drôle
D’élans, d’envolées et de coups de gueule.
Mais v’là qu’t’as voulu te faire tondre par douze.
Autrement plus vil que la picole
T’as plus qu’le virement comme gnôle
Mœurs légères, dans l’orgie tu t’esseules ;
Tu comptes qu’sur une amie : ta banque.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Mais l’Etat c’est qui, à ton avis ?
L’Etat, c’est toi ! Les valeurs à plat.
Petit peuple, t’es mêm’ pas à plaindre.
V’là des décennies qu’tu jouis gratis.
Plus qu’avide de ton seul bien-être.
Ton pain, ton plein, tes loisirs, quoi d’plus ?
Que d’la survie, tes besoins t’font geindre.
Ivre de rien, t’as les freins qui crissent.
A jeun de vie, occupé à paître
Y t’faudrait une perf’ de sang russe
Pour t’rap’ler l’goût d’l’excès, d’l’existence.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Collectionnite aux besoins chéris.
Désir ? Délaissé, pour d’autres plats.
Petit peuple au destin mis d’côté.
Ta panse éclipse ta réflexion,
Ta pensée cliquette de la chaîne.
Fantôme, à la légende en dormance.
Esclave ! Dans l’allégeance à « nécessité »
Tout va à l’aisance, petit pion.
L’alimentaire est ta seule étrenne.
Société, lie, menteuse assurance.
Boude-la ! Sois la lime aux barreaux.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Peuple assommé de ses appétits,
Petit con, sommé d’parler tout bas.
Petit peuple ! Et l’récit national ?
Il n’y en a plus que pour ta pomme,
Garder usus, abusus, fructus :
La possession, un fruit à défendre.
Tu te fuis, filant droit sur l’récif sépulcral.
Avoir ! Plus qu’une bête de somme.
Consommant, t’es ton propre Brutus.
Dépossession : vide dont dépendre,
Estourbi dans le dernier couloir.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Saoulé d’habitudes, étourdi !
Sors de ton hébétude, déjà !
Petit peuple aux étoiles déchues.
Tu dardes, défiles pour ton pain
Quand pour les jaunes, en train, filantes
Tu te disais « en geôle », occupé.
Manivelle divine, versant dans les rues
Les flots de la foule pleins d’entrain,
Non pour une seconde, brillante,
Mais pour une troisième, arborée.
« Pour l’éternité », honte à ton torse.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Mouilleur ! Pour aider le wagon-vie.
Etoile au maillot mouillé ? Ebats !
Petit peuple, d’un cirque, ébahi
Coalisé dans la liesse creuse
Une laisse au cou au colisée
T’hébétant dans une crique close
Dans la fosse aux fausses brillances, tu barris.
Masse immense aux avenues ! « Heureuse » …
Peu après, tu pignes ! « Révoltée »
Courant versatile, qui s’oppose.
Stade avancé de la décadence.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Bariolé de jaune car aigri
De bêtise tu n’es jamais las.
Petit peuple, on touche à ta pension,
Grognon après l’âge de départ
Que tu attends avec impatience
Et sans être sûr de le rallier !
On t’entendrait brailler pour ton extrême onction
Piaillant pour la retraite, ta part.
Tapage défiant toute décence
Quand tes enfants en seront privés.
Te retirer ! A l’abri des planches.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Avec la Mort, marchand de tapis.
Crédit, retraite : Bérézina.
Petit peuple, pris de ce jaunisme.
L’argent, se révolter pour, c’est sale !
Le garder contre toi, hors le reste.
L’heure est saturée de ce néant.
Le reste ? Profondeur, joies ; de la vie, les isthmes !
Et se lever au son de tes râles ?!
Se lever le matin pour la peste ?
Se lever avec toi sur le champ ?
Bien peu pour nous ! A d’autres batailles.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
La Taille que tu veux abolie,
C’est ta petitesse sans éclat.
Petit peuple face à la bleusaille
Nouvelle erreur quant à l’adversaire
Tu sors du bois parce que ça t’chauffe
Et tu t’en prends à tes garde-fous.
Oui ! Le Bleu te garde de ta folie en paille.
Anti-tout, pro-rien : sécuritaire.
Cogné ! L’anticorps te garde sauf.
Grognon ! D’un feu trop nourri en coups ?
Bêtise attisée : fessée offerte.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Sobriété sécur’ : c’est la vie ?
Joies : assauts-ébriété : trépas ?
Petit peuple, et tes politicards !
Tu veux leur faire 89.
Entre bœuf et âne, petit enfanté
Ce roi-élu n’est autre que toi,
Maugréant après le soleil, jouer Icare.
Nul ne peut se prévaloir, têt’ d’œuf
De sa propre hébétude : panier
Turpitude : ce n’est que ta loi.
La politique ? Ta marionnette.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Tempêtes pour du vent en semis,
Dans ton Droit, c’est écrit gros et gras.
Petit peuple, laisse-lui son cou.
D’Etat las ? Tu te mutilerais.
Etats d’âmes contre c’que tu paies
Le coût de l’Etat, tu l’as choisi.
Mutine-toi déjà contre ton esprit flou,
Etalage moins bon grain qu’ivraie
Etat d’inanition sans le Vrai.
Remplace, mais revois ta copie.
Politique : outil noble. Artisan !
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Halte au copinage, que tu cries,
Quand fruit de ton propre artisanat.
Petit peuple, tu criais au pain !
Il y a 229 ans de ça.
Mais 2018 n’a rien à voir.
Tu n’as pas faim, tu veux du confort.
T’insurgeant « la soupe est bonne ! », de ton lopin.
En terre, il gît un sang qui coula.
Et tu voudrais refaire l’histoire ?
Ta couleur est trop blême de sort !
Tes rangs ? Anachronisme atterrant…
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Plus de pain sous une monarchie.
Confort : molle démocratie ! Pouah…
Petit peuple, Etat de droit divin,
Ange déchu, dieu-mort, pour de bon ?
Le mal dont tu t’es pris fait pâlir,
Il ferait même rougir un diable.
Uniforme, élu, reçoivent de ton venin.
« Tuer pouvoir » ? Change de chanson.
Masse-uniformité, prends ta lyre
Massue sans pareil, recrée ta fable.
Tu es la violence légitime.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Le monde libéral, tu le pries !
Ton monopole, il l’évidera.
Petit peuple, fais-toi donc violence !
Devenu tas de droits amassés
Tombé en léthargie : inertie.
Le Faux, létal, te guette, patient.
Fais-toi don d’une fièvre : désobéissance.
Sois ta maladie, sois forcené,
Sois ton remède, sois sans merci :
‘Contre toi seul, l’hagard balbutiant,
Qu’il te faut scander Révolution.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Te contentant de faire du bruit,
Contentant tes fers, forgés au glas.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Tout seul, tu finiras en charpie
Mais en Europe, tu brilleras.
Petit peuple, le monde est trop grand !
Honte aux affermés qui crient « sortir »
Et aux enfermés nationalistes :
Deux visions, pactisant au déclin.
Antagonismes ! Du suicide, partisans.
Tison et sceaux rouge-sang : le pire.
L’Union ou « voie escarpée », « hors-piste »,
La rallier ! Pour de meilleures fins.
Tends ta main ! L’escarpin, donne-lui.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
« A mort l’Europe, sa diablerie » ?!
Seule l’Europe te grandira.
Petit peuple, quelle prétendante ?
Veux-tu la marâtre libérale ?
Face à Amérique, Asie, Afrique,
As-tu la prétention d’exister ?
Tant de ces babines-prédation dans l’attente !
Europe : une nation amicale.
Ensemble à recomposer, antique.
Louve, grec, nordique : à lier.
Ne te fais pas fossoyeur d’étoiles.
« Au voleur, au voleur ! Tu t’écries.
A bas le Fort, oui, à bas l’Etat ! ».
Bleu-nuit, constellation arrondie.
Nouveau jour, à qui la ralliera.
Petit peuple ! Meurs-tu ? Ou es-tu déjà mort ?
As-tu peur d’être, pour fuir à ce point ton sort ?
Petit peuple, carnivore de son destin,
Ta voix ne s’exprime que par ton intestin.
La mère-tumeur est ailleurs : dans ton esprit.
Ton moindre geste atteste de ton inertie.
Petit peuple, amer, tu erres dans tes conforts
Ces confins d’oubli ; à l’âme, des coffres forts.
Petit peuple, avec son Etat de droit bancal,
Ton égalitarisme te sera fatal.
Petit peuple, gros tas de droits irresponsables
Ne se faisant un devoir de rien, corvéable.
Petit peuple, malléable d’esprit, infirme
Poule pondeuse, faisan chassé par les firmes.
Petit peuple, tiré par le fil-portefeuille,
Gibier pendu par la poche comme un chevreuil.
Petit peuple, éviscéré, où sont donc tes tripes ?
Dans la sécurité, vies enserrées, qui ripent.
Petit peuple empaillé au vice-certitude,
Employé à payer ton cercueil, tu t’éludes.
Petit peuple ! Ta vie ? Prélude à mort : misère.
Oraison creuse car déraison délétère.
Petit peuple, on t’ensevelit vivant, tu dis ?
Tu t’enterres tout seul, pauvre Martin vieilli.
Petit peuple ! Tu pleures de ce que l’on t’abime,
Mais ce qui t’arrive est violence légitime.
Petit peuple ! On ne s’oublie pas impunément !
Se ranger, c’est mourir ! Car c’est injure au temps.
Petit peuple rongé d’argent, rat grassouillet,
Les dents longues, une rage en soif de billets.
Petit peuple, page terne de ton histoire,
Tes besoins, chronophages, sont bien illusoires.
Petit peuple ! Où sont tes idéaux et tes rêves ?
Dans cette fuite en avant, décrète une trêve.
Petit peuple, arrête-toi, relève la tête !
Où vont tes pas fiévreux, traqué comme une bête ?
Petit peuple, troque tes manques et urgences
Contre un peu de lenteur, pour une résurgence.
Brise l’immédiateté, produit fait de toc.
Petit peuple, il te faut iriser ton époque,
De nouveaux horizons, espoirs et perspectives.
Fouette et secoue ton for intérieur d’invectives.
Petit peuple, être un peu fou, c’est être vivant !
Quand être flou de raison, c’est être dément.
Distingue ivresse et delirium, par la ferveur.
Petit peuple, au pays-désir, tu es très mince.
Quand au pays-besoin, tu te trais, tu te rinces.
Payé, payant, ton existence, tu la pilles.
Petit peuple, une vraie pie pour tout ce qui brille,
Dans des vrilles insensées : le vide encensé.
Liturgie consommable au temple de l’achat.
Petit peuple, chaque chèque te fait pacha ?
Elle n’est pas cher-vendu, ta satisfaction…
Ta peau, ta bourse, aventurées en libations.
Petit peuple, chaire à canon de ton plein gré,
Cohortes naïves au front-nécessité,
Quand on t’exhorte à t’exécuter ; boucherie.
Petit peuple, confondant athée et impie,
Le scepticisme fondu en mille légions,
Apprends qu’il y a limite à l’irréligion !
Petit peuple, c’est quand on ne croit plus en soi.
Abusé par les fous qui font loi de la foi,
Amusé tu crachés, brocardant « spiritisme ».
Petit peuple, alors que prêchant ton pathétisme,
Tu pousses chaque jour ton âme à faire aumône.
T’enorgueillir du mot « travail » que tu claironnes.
Petit peuple, tu bosses, mais à quelles fins ?
Employé à rien qui vaille, pas même le gain,
Moins encore pour le bien commun : pauvre idée.
Petit peuple, l’artisanat, tu l’as tué.
Commerçant en gros, plus de proximité,
Il t’a plu de commettre cet irréparable…
Petit peuple ! Le coût ! Devenu imparable.
T’as fait l’coup à ton vent d’casser l’outil,
Tes aliments, pour importer le mot « nourri ».
Petit peuple ! Manger, c’est prendre des forces !
C’est pour jouir du goût et à s’en galber le torse,
Pas s’en gaver à en pourrir, et s’affaiblir.
Petit peuple, tu n’es pas tenu par les c*******
Mais ta panse-citrouille ! C’qu’on te met dans le bec,
Assisté de l’assiette, service fait d’un pot.
Petit peuple, tu assistes avec l’air sot,
Au spectacle de ta propre décrépitude,
Sautant dans le cerceau, animal d’habitudes.
Petit peuple, « travail » ? Mais quel est ton savoir ?
Faire, ce n’est pas s’affairer à la mangeoire,
Mais la dessiner, la fabriquer, la remplir.
Petit peuple, décideur pour des pacotilles,
Du prix du beurre à la couleur du string de ta fille.
Suiveur (de qui ?) pour présider à ton destin.
Petit peuple, ton labeur il sent le purin.
Mais depuis ton intérieur ! Des champs jusqu’aux villes,
N’en ayant que l’odeur ! Le goût, tu l’horripiles.
Petit peuple, laborieux jusque dans tes torts,
A crier « victoire : emploi ! » fierté de butor,
Ta destinée en ploie, vers sa date limite.
Petit peuple, t’acquittant de tes échéances,
Taquinant ton foie, tu croques tes maigres chances
De rester noble, les troquant sur les marchés.
Petit peuple, dans tes « non » honteux, péremptoires,
Anonyme, tu vas vers ta date butoir,
Crier comme un putois, sentir bien plus fort encore.
Petit peuple, le travail, tu le fais mot d’or,
Ayant pourtant perdu son étymologie,
Une activité pénible post-coucherie.
Petit peuple, qu’as-tu créé ou enfanté ?
Petit peuple, stérile quant à s’inventer.
Petit peuple, nourri d’ambitions puériles.
Petit peuple ! Que ne fais-tu rimer travail
Avec accomplissements, espoirs et trouvailles ?
Mais non, tu te laisses aller au glissement.
Petit peuple, syndrome des plus alarmants,
Un peuple doit être la jeunesse éternelle ;
Atteint de gâtisme, tu boudes l’immortel.
Petit peuple, va lire la définition !
Travail ; faire de soi une édification,
Non « liquéfaction », dilution d’individus.
Activité humaine tendant vers un but !
« Produire » ! Première étape vers création.
Pas « produire sa servitude », crémation.
Petit peuple, produit de ta servilité,
Rivé à serrer le nœud, de tâches actées
Pendu à tes écrans, des fumées impalpables.
Petit peuple, liras-tu les signaux au ciel ?
« Sur l’autel du néant, agneau sacrificiel »
Les maux venus, tu te signeras à l’étable.
Petit peuple, ces mauvais vents sont des présages,
Tes maugréements après la pluie dans tes prés sages,
Les nuages en rient, voiles affalées au triste.
Petit peuple aux dons certains mais bonhomme autiste
Réfractaire quant à soigner une fracture
Laisser sécher sa plaie, facturer l’ouverture.
Petit peuple, « identité » tu sais plus c’que c’est !
Alors pour éduquer, la faire assimiler
T’es comme une poule qui aurait trouvé un couteau.
Petit peuple, ton chant du coq, tes idéaux,
Tôt plutôt que tard, te lever pour les faire entendre.
Mars, ciel aisément grisant, guerrier, à apprendre.
Petit peuple, élément terni par peste brune,
Ta chanson, bannis-en la note inopportune
Qu’elle soit inspirante du blanc jusqu’au noir
Du basané au sino-héritier : miroir.
Petit peuple, mélodie commune à créer.
Hors du commun et ses mélodrames viciés
T’unir dans ta révolte intérieure, hors le fric.
Petit peuple, punis ton état léthargique
Récompense ta volonté, fais-la renaître,
Repense liant, Union. Œuvre à reparaître !
Petit peuple ! Arrête de viser à côté.
Etat, police, Europe, armée, immigré :
A te chercher des ennemis imaginaires !
Petit peuple, garde-toi d’être grabataire,
Ta terre est déjà jonchée de gravats, d’erreurs.
Tu veux causer d’immigration et de couleurs ?
Petit peuple, tu es le maître du désir.
Oui, toi, français qui au chant fier va tressaillir.
Ancré ? Tends la main pour que l’enfant monte à bord.
Petit peuple ! Toi, aussi, venu d’autres ports !
Tu n’as connu que ce sol : donne le La !
Lâche ces fanions pour le drapeau, fais le pas.
Petit peuple, dis ! Tu l’aimes ou tu la quittes.
Cela vaut pour chaque génération du mythe :
Nom centenaire ou nouveau-né : français ou rien.
Petit peuple ! La peste soit de tes replis.
Toi, le sang-fermé, la brune, bois-la plutôt.
Toi, le victimaire, assure-toi le maillot !
Petit peuple ! « Au voleur, au voleur » tu t’rappelles ?
Les discours de fausses valeurs, du même fiel :
-Le raciste « dégagez-les à coups de pelle » ;
-Le raciste « remboursez le colonialisme ».
Petit peuple, on est tous là, sous le même ciel.
Lâche les mamelles du passé : despotismes.
Tête levée, regarde devant ! Est écrit :
Fusion d’origines par magie de génie.
Petit peuple, assez gémi, deviens responsable !
Tes origines fusionnées, incontournables,
Fais-les frapper, maîtresses, à la porte-Europe.
Petit peuple, réunion faite, fais l’Union.
Pends les félons intimant dislocation,
Prends les galons que te tend le bleu étoilé.
Petit peuple, la seule origine qui vaille,
Face à toutes les autres -que des feux de paille-
Est Européenne, car légendée « futur ».
Petit peuple ! Nationalisme, fruit trop mûr.
Le super-Etat a sa nationalité,
Il la faut garnir, embellir, consolider.
Petit peuple ! Oui, l’Histoire te tend les bras !
Mais pour te faire digne de ce chemin-là,
Il va te falloir enfin arrêter de geindre.
Petit peuple, cesse de pigner, de te plaindre.
Si tes maux sont ce qu’ils sont, c’est bien par ta faute :
Tu as signé « médiocrité » en bas de page.
La marche, elle sera longue, elle sera haute.
Petit peuple, si c’est de l’essence et des péages
Que t’as seulement à redire, rentre chez toi !
Mouton qu’tu es, à tricoter ta propre laine,
Bien bas d’plafond, si tu pleures que tu as froid,
Misérant à l’acheter ! Te saignant les veines.
Petit peuple, arrête avec ton 89 !
Respecte ton Histoire, les peines d’alors.
Toi, tu baignes dans ton confort, plein comme un œuf,
Ventre rond ! Respecte la souffrance des morts !
Petit peuple, t’es don’ branché « Révolution » ?
Mets déjà voir le nez dans ta merde récente.
68, ratage ! Echec d’une rébellion.
2018, t’es en pleine redescente.
Petit peuple ! L’économie y florissait,
Preuve que ta vindicte, elle est sans fondement.
La morale aujourd’hui est un bien plus lourd faix :
Cinquante ans ont fracassé ce beau Mouvement.
Petit peuple, une demi-vie dégénérée !
Révolte empoisonnée, gâtée de faux excès :
Libertarisme, égalitarisme : premiers.
Où libéralisation fait ce qu’il lui plaît.
Petit peuple, engagé dans un gouffre sans fond
Démentiras-tu avoir eu l’initiative ?
Et te l’être mise toi-même bien profond ?
Sous ces lumières, regarde tes invectives.
Petit peuple, vois ! Ca part de là, tes bêtises.
Et d’ailleurs, aussi ; de par-delà l’Atlantique
Mais ta part y est grande, de par tes méprises.
« A bas le Fort, à bas l’Etat » ? Fais ta critique.
Petit peuple ! Hurlant à la mort pour sa retraite.
Le réveil des vieilles chouettes soixante-huitardes,
Hululant à volonté que l’Etat maltraite,
Paradoxal, l’embourgeoisement qui chaparde.
Petit peuple, dix ans durant à jouir de tout !
Faisant fi de la crise sur ta pétrolette
Enfantant les no-futur et leurs jetons-tout.
Tu dis ? « Maintenant » ? Ta soif « n’est plus satisfaite » ?
Petit peuple, personne n’en veut à tes fautes,
Mais la machine infernale, tu l’as nourrie !
Ta vie entière tu t’en es fait docile hôte,
Et tu cries de ce que le silo te fournit ?
Petit, petit ! Tu as les graines que l’on te donne.
Peuple-fourmi, le fruit de ton labeur, des miettes ?
Peuple-cigale, le pain ça se façonne.
Mais valeurs négligées -le four- tu n’as qu’assiette.
Petit peuple ! Tu piaffes, patient, pour ta retraite.
Un peu arrogant de prétendre savoir « quand ».
Quand ! Dans la Mort tu tombes, l’herbe à ras la tête.
« Ras la casquette », dis-tu, des points qu’on te prend.
Petit peuple ! Vitupérant pour sa pension,
Vis-tu aveuglé par un monde parallèle ?
Parent, vois-tu tes enfants payer l’opération ?
« Oui, car j’ai donné de moi-même en bagatelle ».
Petit peuple, capitalisant pour l’Ankou,
L’âge fait monter l’encourt, vrai cercle vicieux.
Pour des siècles et des siècles, signant « à genoux »,
Tout nouveau-né a un pied en terre… Mais est pieux.
Petit peuple qui alors, dans la nouveauté,
S’empresse de débourser pour de l’immédiat.
Pour oublier qu’au trépas, tu es endetté,
Tu suis la bourse et le malheur dans les médias.
Petit peuple, tu fuis tout ! Sauf ton inertie.
Un fétu bringuebalé par les vents mondiaux.
Plus tu pries « mon dieu-sécurité », ineptie,
Moins tu armes ta révolution d’idéaux.
Petit peuple ! Tu fais tout pour rester esclave,
Asservi par ton propre esprit, en pauvreté.
Alors, c’est jusqu’à tes révoltes qui s’enclavent
Dans des niches, comme des chiens domestiqués.
Petit peuple ! Pour une miche tu t’excites,
Ton pain-confort est rassis, te voilà debout.
Tapin fort en luxure : au rond-point, des guérites,
Alcôve où, justement matraqué, tu te fous.
Petit peuple, tout vieillissant, je te l’ai dit :
Que tu aies travaillé, personne ne t’en veut,
Mais ce seuil ne doit surtout pas être franchi :
Pleurer de ce que tu appelas de tes vœux.
Le fruit de ta sueur -société- il est tien.
Petit peuple, l’expérience acquise, elle est tienne
L’employer, c’est à toi seul que ça appartient
La lier à la fougue, la pluie diluvienne,
T’allier à la fougue perdue de ta jeunesse,
Que ta descendance incarne sans le savoir.
Petit peuple, l’enfant, sors-le de sa paresse,
Eloigne-le du travail aveugle, pressoir,
Préserve-le de son carriérisme-hérité,
Ose lui dire « ne fais pas ce que je fis ».
Petit peuple, dis-lui « défais mes fils et crée »
Appelle au défi commun ; défier l’inertie.
Que transmettras-tu : un pécule ou des valeurs ?
Petit peuple, à toi, se présente un nouveau choix.
Ou sortir de ta retraite : ta salle-peur,
Revenir sur scène pour insuffler ta foi.
Ou quitter les planches, barricader ta pièce
Pour en rallier quatre autres, croqueuses d’orteils.
Petit peuple, est-ce que l’âge affaiblit, rapièce ?
Et plus capable de faire virer vermeil ?
Plutôt « coupable de merveilles » à venir !
Petit peuple ! De « formateur de parvenus »
Transforme-toi en enseignant du « parvenir »,
Déforme tes fers, fonds-les ! Pour les boire en jus.
Petit peuple, des semaines et des semaines,
Tu descends dans toutes les rues pour tes étrennes
Le deuil actif quand ça touche au porte-monnaie,
Mais le deuil passif pour le mal que l’on te fait.
Petit peuple, des rassemblements abondants,
Marches funèbres sans révolte ni fierté ;
Quelques jours passent et ce n’est plus que passé,
Jusqu’à ce que l’Atroce joue le coup suivant.
Petit peuple ! Et là, tu t’en remets à l’Etat.
Ta colère sans solution : en salaison.
Un garde-manger pour le prochain attentat,
Inaction coopérante, de ta maison.
Petit peuple des bons sentiments en bougies,
Quand tu devrais brandir ta haine et résister.
Chandelle inoffensive, ou brasier déchaîné ?
Dans la cire, tu trempes le sceau léthargie.
Petit peuple ! Consommateur et recycleur,
Tu sauras user de la graisse des cadavres
Pour créer de nouvelles bougies à senteurs,
Pour ériger à l’amnésie de nouveaux havres.
Petit peuple ! Parlons violences légitimes !
Est légitime ce que tu as accepté.
Et « accepter » s’entend à moins que « décider » :
Tacite reconduction : pour elle, tu trimes.
Petit peuple ! Légitime à te faire battre,
Tant que tes motifs ne sont pas dur-béton
Mais précaires et fragiles comme du plâtre,
Pas mûr pour abattre, sans avoir de vision.
Petit peuple qui voudrait en venir aux mains !
En réaction aux violences dont tu es cible.
Mais légitime est celle de l’Etat : maintien.
Légitime est celle de ton sort : l’insensible.
Légitime est celle de ta vie : malmenée.
Légitime est celle du monde : prédateur.
Légitime est celle de ces lignes : corsées.
Car par tes actes, tu choisis d’être inférieur.
Petit peuple « en réaction », c’est tout le problème !
Légitimer ta violence ? En changeant de drapeau :
Ne plus faire que réagir, mais initier.
Initier le premier mouvement, ton baptême,
Prêcher le redressement de tes idéaux.
Renverse et brise ! Mais pas par médiocrité.
Petit peuple, arrête tout pendant un instant.
Contemple le chaos de ta vie : c’est ton œuvre.
Tu t’es perdu ? Soit. Invente alors le chemin.
Ta vue est trouble d’un bestial enfièvrement.
D’immédiat, de besoins, il faut que tu te sèvres.
Découvre tes aspirations, en toi, au loin.
Petit peuple, loin ! Vois plus loin que tes regards.
Abats le fort, oui : ta prison de certitudes.
Rebats les cartes de ton état : servitude.
Vois plus loin que tes regards ; l’Europe est un phare.
« Au voleur, au voleur » ? Change donc de refrain : aux valeurs, aux valeurs !