Les souterrains des liens d’ici
Ces jours-ci je cherche les réseaux
De mondes étrangers, sans pioche ni pelle ni seau
Juste les mots pour outils
Et mes pas dans les souterrains des liens d’ici
Je tâtonne aux parois, je balance d’échos
Trouver ceux-là d’avec qui se lier : un doux souhait
La clef se donne de ci, de là, par quelques indices
Des signes, des voix que je perçois, des regards
Disant une fraternité, une sororité
Dans les vues et pour ce faire je vais par les nuits
Par les rues illuminées de soleil aussi, de cette ville
Je suis à l’air libre et solitaire :
Je n’en ai pas que l’air, je suis libre
Mais sous les pâquerettes et l’herbe des apparences
Derrière les visages des passants, les conversations qui s’agitent
Je passe en silence mais attentif : à tendre l’oreille puis la main
Vers de possibles mondes étrangers, dans les souterrains des liens d’ici
Je me faufile dans les passages, j’utilise une langue qui n’est pas la mienne
A la recherche des réseaux, qui souvent restent dans l’indicible
A Brest je cherche ceux qui s’y sont rendus un jour, et qui n’ont pas détesté
Au point d’y choisir une vie, dans la mesure de ce qu’il était loisible d’en décider
Dans ces cités de liens, j’ai entendu dire qu’ils existent
Ces latins plus latins encore que moi, des Andes ou d’autres volcans
Aussi je sais que cet invisible dormant est accessible
Et je descends, remonte les galeries, je creuse les pistes ou les impasses terreuses
En quête de convergence, d’un passage où la lave de ce monde-ci rencontrera sa chambre
Magmatique et humaine, de peaux ou d’esprits à la couleur plus ambrée que la mienne
Sembrar que ça se dit : semer, des pas, des paroles, des appels
Ce que je cherche est rare et commun, et chaque élan m’y mène
Comme dès à présent que j’en termine ces mots
Semis dans ce monde : sembrados
Pour connaître ce milieu d’un monde dans le mien
Dont les magmas d’existences voyagent ici en des va-et-vient, curieux et intrigants
Curieux et intrigué je cherche ainsi ces réseaux
A Brest, dans les souterrains des liens d’ici
Jean-Marie Loison-Mochon