Les 9 déserts (VIII) – Basilique-hôtel
Fragment
Constellation, je suis ton regard.
Oui, dans le désert de notre nuit,
Je poursuis ton expression, hagard.
Fichée tout là-haut, dans le lointain,
Figée dans l’au-delà, de côté,
Dédale de mépris, de dédain.
Eventré, en sang, je me répands.
J’en macule les dunes ; sanglots.
Acculé, puni, je me repens.
Mais à quelle culpa vouer ces maux ?
Eventé, ton nom, par tes fossettes,
Saupoudrées de cette pellicule.
Cairn céleste, ta brillante tête
Pointe Orion. Que sont ces monticules ?
A l’agonie dans les dunes, saignant d’absence et de vide par ma plaie, je m’appliquer à garroter mon cœur, dont le flux me fait fuir en avant. Je vais poursuivant ce profil qui m’ignore.
Et là, sur la crête d’un énième relief, les trois points de cette autre constellation apparaissent au raz de l’horizon : ils sont l’objet de ses inlassables regards. J’avance, et ces points grossissent. Ils ne sont pas dans notre ciel. Tout près, maintenant, je les vois accrochés à un fronton : ils brillent, et les mots en eux, aussi. L’un dit « toi », l’autre « moi » et le dernier « ce que nous étions ». Incrustés dans une façade à demi-engloutie par le sable, qui bouche tout horizon, ils surplombent le nom du bâtiment : Basilique-hôtel & casino.
J’entends cette musique qui a résonné sans cesse dans mon Budapest ! Elle provient des couloirs de cet édifice, qui ressemble tant à Etienne. Gorgés de sable eux aussi, je les parcours.
Il n’y a personne ; seul cet écho musical qui n’en finit pas de vibrer dans la longueur des étages.
L’âtre se fait circulaire maintenant. Chose étrange, à chaque porte, le même numéro : 505. Le passage embrasse la coupole et s’oriente d’une pente légère.
La spirale est immense. Je la suis. Je prends progressivement de l’altitude. Et sur chaque porte que je frôle, à leur numéro identique, s’ajoute un autre air, et une autre phrase.
Numéro cinq cent cinq, la parole hypnotique,
Basilique sans toit, farandole critique.
Jean-Marie Loison-Mochon
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