En cabane (I) – La lanterne

Fragment

 

A peine refermé-je la grille

Que mon réduit, claqué sur mes pieds,

Est éclairci d’éclats qui oscillent.

Lanterne, en haut, par l’air balancée.

 

Interné par mon propre vouloir,

Je vois la serrure disparaître.

Puis dans un intervalle, fenêtre :

Des êtres soufflant dans leurs mouchoirs.

 

Ne me montrant que leurs dos, en cercle,

Ils tiennent parloir en chuchotant.

Elles ! Se serrent. Clignotement.

 

Oscillant d’interstices parlés,

Le noir silencieux prend la parole :

« Elles pleurent la mort du frivole ».

 

Les formes pleurent dans un cachot en face, mais cette voix lasse, usée, sort d’un autre recoin de la pénombre.

La lanterne me le montre, dans un de ses va-et-vient : un vieillard à la barbe sale se tient aux barreaux et regarde en direction des larmes :

« C’est de ta faute, à vrai dire. Pourquoi es-tu venu ici ? Buda et Pest ne te suffisaient-elles pas ? Ne te gorgeaient-elles pas de ce que tu espérais ? A commencer par la solitude. Non, il t’a fallu aller ailleurs, encore, plus loin. Cette ville, elle affranchit de bien des choses, et tu l’as vu, en la parcourant.

Pourquoi es-tu là ? Quel est ce besoin de toujours chercher de nouvelles chaînes ? Ce n’est même pas un désir, et je sais de quoi je parle. Que cherches-tu ? A te prouver que tu peux les briser ? A t’empêcher de partir ; te donner des prétextes à rester ? De fausses contraintes… Ou des contraintes vraies, mais dont tu feins de ne pas pouvoir les surmonter. Oui ! Je tempête contre toi !

Jeune et fort quand tu le veux, conscient de ce qui t’attend au-devant -car tu l’as déjà goûté- et pourtant, tu es encore là. Peut-être aimes-tu leur toucher froid et pesant, à ces chaînes, après tout. Alors, tu es comme ces autres, au fond, que tu critiques de ce qu’ils lanternent. Parle, voyons ! Justifie-toi ! ».

La lampe tourbillonne au son de sa colère qui monte. Je me hasarde à des… « Qui êtes-vous ? Nous connaissons-nous ? ».

 

Saint-Fakir amoral, l’étoffe rouge et jaune,

Epitaphe enrobé ? Ou bien révolte aphone ?

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Vulnérabilistan

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