Le virage de tes hanches
“When you look at me like that, my darling, what did you expect?
[…] With your hands between your thighs”
A.M.
Quand tu me regardes ainsi, étincelle
A quoi t’attends-tu à part m’attendrir
Tu dardes d’un silence, à part du temps
Tu me tends toute une puissance, au bord du tendre
Au port il pleut, la nuit sans attendre est tombée
Elle a tout bêtement inversé le sens, le noir a surplombé
Au bord du feu mon hébétement s’ensemence de toi
De toi là en silence, la hanche bombée
Alléchante flamme allongée, la tête accoudée
En fragrance d’une autre langue, ça se dit sacudir
A longer ton corps, mes yeux sont secoués soudain
Sous d’invisibles voiles, le décor d’un chant me revient
C’est d’un si précis concours de circonstances
Dans l’imprécision du soir, comme une insistance
Mon instinct précis, instantanément se fige
Seul homme ici, assistance privilégiée
Je prends le virage de tes hanches, en regards
Mes yeux coulissent sur ta courbure qui s’épanche
Avec ta main entre tes cuisses, encore durer
Les corps brûlants, à distance se peut-il qu’ils puissent ?
Ne pas distendre l’espace puis crisser dans l’ombre
Lampe à la lumière ambre, qui me dit d’attendre
Ta main et tes jambes, comme la feuille d’une fougère
Le doux au dehors et puis la soulever, rugueuse
Tu sais que j’erre fou, je n’exagère rien
De ton image passagère, d’un maintien alité
Puis tu as la musicalité de tout un sourire
La main flanquée de tes cuisses, de tout un sous-titrage
Et sous cette rage entre nous, douce et suscitée
J’en sens germer le manque, étiré comme un corps allongé
Je songe à m’étendre pour mieux l’encapsuler
Dans ce crépuscule presqu’insulaire
Comme la douce insolence de ta fatigue qui balance
De ta tête qui bascule, ayant l’air de s’assoupir
De là tout est possible, le rêve ou cent soupirs
Frôler de si près, tes cuisses prises pour cible
Comme une brise dans une forêt de cyprès, qui ruisselle
Dans un carrousel de pluies et pensées, de caresses à dépenser
En presqu’île ou en désir, ne plus penser à rien
Et basculer en inconscience, libres de giter
Au creux du rêve, ou celui où gît ta main
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle