Le seul péché, c'est d'avoir peur - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Le seul péché, c’est d’avoir peur

Le violet c’est aussi

La couleur des coups du jour

La violence en si peu de choses

Et ces temps-ci comme il y a cent ans

S’étend ici ou là sous les veines des Hommes

Cette antique couleur de fin

Sémantique du soir, où le repos ne vient pas

Car aucun repas ne remédie cette faim

Cette oscillation des espoirs

Et le point d’inflexion de l’heure noire

D’où la nuit comme un miroir délicat

Douleur ne nuit pas à l’espoir

Elle lui est couleur et l’affermit

Sous leurs désespoirs, les Hommes

Respirent leur sort et se déportent

Alors des ports ils partent

Au dehors d’eux-mêmes

Dans des inepties qu’ils clairsement

Qu’ils proclament amour alors qu’ils s’aiment si peu

Si peuplés sont les horizons, réels

Mais ils prennent le « si » pour un conditionnel

Se méprennent sur l’amour et la haine

Annihilent l’allégresse par la morale

Et n’y lisent plus que des messes

N’élisent plus mais dépècent du pire

Or c’est ainsi que se dépêchent les empires

Et l’on s’épuise ainsi, dépêchant nos chaînes

Le seul péché c’est d’avoir peur

Or on s’y enlise, conjurant par l’argent

Qu’on jure amour ou tendresse

Qu’on tende à l’allégresse

Et l’autre n’y voit qu’un objet contondant

On entend dans ces mots la faiblesse ou le poids

On objecte la contrainte en dansant

Piétinant ainsi le sincère qui s’éreinte

Car il est rare au labyrinthe, trop rare

De parvenir à ramener un fil argent

Nihiliste on le coupe comme un cheveu

Car on se veut fataliste en noire, on s’émascule

Pour le triste on en oublie l’appendice, qui est joie

Quand du violet sur la piste, de la nuit et ses bascules

On s’appesantissait sur l’espoir, à l’air du crépuscule

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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