Elle t’emmènera
Ça y est, tu y es
Au jour hier, à la nuit maintenant
Tu peux briller, ou pourrais
Pour un peu, dans ces maintes temps traversés
Pour un peu tu te serais senti partir
Mais tu y es alors cours un peu pour voir
Tout ici te serrait, sens-tu le jour parti ?
Et l’obscurité accourt, mais va un peu pour voir !
Le noir t’enserre et tu trébuches, à court de souffle
Quitte la sécurité, court-circuite-la
La sereine facilité du jour, délite-la
Ne l’espère plus et rassérène toi du noir
Ici ou là, tu trouveras l’élite de tes sens
Trébuche encore et va pour voir
Ta vue n’est qu’une vapeur, ton corps un objet vulnérable
Mais sois l’objection au jour et va pour la nuit
Il te faut saisir ses injonctions, ses pouvoirs
Alors va pour voir, accoutume-toi
L’hérésie, c’eut été de résider dans le jour
Alors ne résiste plus au noir et perds la norme
En perle d’homme tu te chercheras
Ne tempère rien qui te façonne, ébrèche-toi
N’espère de formes que celles qui viendront
Tu fais face au non-retour, puisqu’il n’est plus de Nord
Efface-toi et redessine les formes, qui te tiendront
Ne te destine qu’à aller, dans l’obscurité
Car tu es là dans l’heure d’après crépuscule
Et tout t’est une incongruité
Mais la nuit t’est noire, indéfinie, espoir
Elle t’espère, injecte t’en
Les lueurs te seront sporadiques, d’abord
Mais invective-toi, fais ta vue rétive aux tracés
Car ces contrées ne sont là que pour toi
Elles t’appartiennent le temps qu’il te plaira, qui leur plaira
Plonge en toi et ces contours infinis
Tâtonne ici dans l’obscurité diluvienne
Et dilue-toi dans ce que tu ne sais pas
Sois dilatoire au Temps même
Et dans la toile, la nuit t’emmènera
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle