Elle t'emmènera - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Elle t’emmènera

Ça y est, tu y es

Au jour hier, à la nuit maintenant

Tu peux briller, ou pourrais

Pour un peu, dans ces maintes temps traversés

Pour un peu tu te serais senti partir

Mais tu y es alors cours un peu pour voir

Tout ici te serrait, sens-tu le jour parti ?

Et l’obscurité accourt, mais va un peu pour voir !

Le noir t’enserre et tu trébuches, à court de souffle

Quitte la sécurité, court-circuite-la

La sereine facilité du jour, délite-la

Ne l’espère plus et rassérène toi du noir

Ici ou là, tu trouveras l’élite de tes sens

Trébuche encore et va pour voir

Ta vue n’est qu’une vapeur, ton corps un objet vulnérable

Mais sois l’objection au jour et va pour la nuit

Il te faut saisir ses injonctions, ses pouvoirs

Alors va pour voir, accoutume-toi

L’hérésie, c’eut été de résider dans le jour

Alors ne résiste plus au noir et perds la norme

En perle d’homme tu te chercheras

Ne tempère rien qui te façonne, ébrèche-toi

N’espère de formes que celles qui viendront

Tu fais face au non-retour, puisqu’il n’est plus de Nord

Efface-toi et redessine les formes, qui te tiendront

Ne te destine qu’à aller, dans l’obscurité

Car tu es là dans l’heure d’après crépuscule

Et tout t’est une incongruité

Mais la nuit t’est noire, indéfinie, espoir

Elle t’espère, injecte t’en

Les lueurs te seront sporadiques, d’abord

Mais invective-toi, fais ta vue rétive aux tracés

Car ces contrées ne sont là que pour toi

Elles t’appartiennent le temps qu’il te plaira, qui leur plaira

Plonge en toi et ces contours infinis

Tâtonne ici dans l’obscurité diluvienne

Et dilue-toi dans ce que tu ne sais pas

Sois dilatoire au Temps même

Et dans la toile, la nuit t’emmènera

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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