Là où ta peur affleure
La nuit s’ouvre et tu ne sais plus
Par quelle fuite aller
De quelle fuite te couvrir
Il est normal de s’effriter quand vient la nuit
Ce sont tous les crachats du jour qui fissurent
La norme a le don de couvrir de honte et culpabilité
Ce sont des toux à l’âme, des brisures mesquines
Mais ce qui ne se dit pas c’est qu’elles…
C’est qu’à la nuit, les séquelles du jour cicatrisent
Cela ne se dit pas car les gens ne dormiraient plus
Ils se font des légendes de la nuit, dangereuse
D’un genre de monde parallèle, à fuir
Alors ils fuient, dans des rondes ensommeillées et vaporeuses
Mais c’est un jardin qu’ils fuient, d’incertitude
Alors ne fuis pas, toi, et fonde un regard nouveau
Fais un report de toi, à la bordure du temps
Que la norme en fonde comme sous une lave
Car à l’éveil la norme n’a plus de valeur
La lave est noire mais non dormante
L’or monte à l’heure où le soir disparaît
Or il transparaît que tu y es
Là, prêt à tutoyer la nuit
Prêt à tutoyer ce qui réside en toi
Peut-être y trouverais-tu des résidus de foi
Peut-être s’y couve-t-il bien plus
Ou peut-être rien de plus que ce qui pourrait
Ce que ta peur effleure, là où ta peur affleure
C’est là que ton influx se doit d’aller
Du doigt, goûte la lave et ce fluide
Tout est là, à portée sans rien de futile
Dis-moi, qu’aurais-tu besoin d’objets ou de toit ?
Lourde est la porte et tu peines
Tu vitupères et ne comprends pas le sens
Mais vois-tu… peine encore
Car la désorientation dévoie, et n’a pas de corps
Le sens est une illusion
Seuls comptent tes sens en fusion
Et c’est en allant t’esseuler là où la nuit s’ouvre
Qu’à ces mots, ta puissance ne sera plus sourde
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle