La côte - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

La côte

Je retrouve tes flancs

Pas loin le ciel en pleut de désir

Et je te redécouvre, t’effleurant

Tu mets des îles dans mon horizon

Des îlots à découvert, pour le plaisir de les désirer

Tu t’échancres en te mettant à nu

Tu t’en remets à nous, sous ce toit crépusculaire

Tu m’étais un manque en creux

Je me sentais comme tuméfié par ton absence

Et tes flancs que je caresse maintenant

Tu me fais l’effet de n’avoir jamais oublié

Alors que si, j’ai flanché hier, aujourd’hui même

Tu t’évaporais de moi comme poussière par poussière

Même si dans le souvenir, comète d’avant

Même si dans le souvenir pousse hier

Je sème sur toi mes caresses

Je m’évapore encore, essaimé

Je sais, c’est moi qui m’en suis allé

L’absence c’était moi, qui m’enduisait d’aller

Mais à tes flancs je reviens, à la nuit saillante bientôt

Laps incendié de temps : de jours ou d’années

Atterrant tout ce que je retiens

Tu m’es la terre mère et je t’ai fuie, comme damné

Et fuyant, je n’étais pas téméraire mais vacillant

A tes reins je le dis : à ton manque je m’étais condamné

Alors qu’on darde à nouveau

A tes rives je veux être origine, à tes vagues la bruine

Je veux t’être la brume ou l’écume : le désir

Toutes ces choses riment de toi, fatales

Et faut-il dire que je les oublierais ? Tuméfié

Trop d’ecchymoses et j’ai détalé

Mais je dévale nos corps à nouveau

Je veux t’être une pensée, décalquée

Tu te dévoiles, tu me reviens

D’aucun droit mais en nous je veux vaquer

Droit au long de tes flancs, tes vallées d’horizons

Tes cheveux longs de sable, noirs à la nuit

Ce ciel qui rosit à tes joues, comme une pousse invitée

Dans le souvenir pousse hier

Je me rappelle à toi, comme la poussière

De sable et de temps, à l’appel de l’océan

Le sabre aux dents, le mauve de mes mouvements rivé à toi

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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