La côte
Je retrouve tes flancs
Pas loin le ciel en pleut de désir
Et je te redécouvre, t’effleurant
Tu mets des îles dans mon horizon
Des îlots à découvert, pour le plaisir de les désirer
Tu t’échancres en te mettant à nu
Tu t’en remets à nous, sous ce toit crépusculaire
Tu m’étais un manque en creux
Je me sentais comme tuméfié par ton absence
Et tes flancs que je caresse maintenant
Tu me fais l’effet de n’avoir jamais oublié
Alors que si, j’ai flanché hier, aujourd’hui même
Tu t’évaporais de moi comme poussière par poussière
Même si dans le souvenir, comète d’avant
Même si dans le souvenir pousse hier
Je sème sur toi mes caresses
Je m’évapore encore, essaimé
Je sais, c’est moi qui m’en suis allé
L’absence c’était moi, qui m’enduisait d’aller
Mais à tes flancs je reviens, à la nuit saillante bientôt
Laps incendié de temps : de jours ou d’années
Atterrant tout ce que je retiens
Tu m’es la terre mère et je t’ai fuie, comme damné
Et fuyant, je n’étais pas téméraire mais vacillant
A tes reins je le dis : à ton manque je m’étais condamné
Alors qu’on darde à nouveau
A tes rives je veux être origine, à tes vagues la bruine
Je veux t’être la brume ou l’écume : le désir
Toutes ces choses riment de toi, fatales
Et faut-il dire que je les oublierais ? Tuméfié
Trop d’ecchymoses et j’ai détalé
Mais je dévale nos corps à nouveau
Je veux t’être une pensée, décalquée
Tu te dévoiles, tu me reviens
D’aucun droit mais en nous je veux vaquer
Droit au long de tes flancs, tes vallées d’horizons
Tes cheveux longs de sable, noirs à la nuit
Ce ciel qui rosit à tes joues, comme une pousse invitée
Dans le souvenir pousse hier
Je me rappelle à toi, comme la poussière
De sable et de temps, à l’appel de l’océan
Le sabre aux dents, le mauve de mes mouvements rivé à toi
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle