De toi à moi
Gamin tu as été gâté, c’est vrai
Et très récemment, tu as goûté à…
Au fait d’être sevré, de légèreté
Etrillée soudainement, ta légèreté
Par la mort et ce que l’on veut de social
Soubassements incompréhensibles, pour un enfant
Par la morsure des feux et du temps, enfant
De nous j’ai su situer mais pas juguler
Si tu es dans ce corps, mien, tien
Maintiens à ton esprit que nous savons lutter
Le social et la mort t’ont savonné la pente
J’ai su en savourer les montées et redescentes
D’initiales morcelées, j’ai fait des phrases
J’en ai suturé l’essentiel, j’ai su en tirer du bleu ciel
Qu’il soit d’aube ou de nuit, entier d’étoiles
Je sais que tu ne sais pas, ce que tu es toi, là
Je ne l’ai jamais su, non plus
Mais tes pas ont conduit aux miens, à mille lieux d’années
Tu n’as jamais su ce que tu faisais là, moi non plus
Mais tu as toujours senti être enduit comme d’un effet
Alors j’ai enduré pour toi par la suite et savouré, aussi
Ça nous avance bien, je sais…
Mais sous le voile de quinze ans, peut-être peux-tu voir
Un peu mieux du sens de notre histoire
De ce que tu fais là, de ce que je n’ai pas su faire
De ce que tu as souffert, de ce que j’ai accompli
Je suis un complice de ton futur, voire l’auteur
Vois les sourires autour, la plissure à ces visages
La vie sage n’était pas pour nous
Alors tu as dévissé, sage décision
Dérision du songe : l’inconscient nous a guidés
Des vies séparées songeais-tu, mais tu es moi
Et je suis toi, je suis tes pas d’hier
Tu as pavé j’ai parcouru
J’en ai bavé puis te revoilà, sur notre avenue
Te revoir là, y aurais-tu pensé ?
Tu ne sais pas ce qu’évoque le puits
Nous sommes un, mais deux époques
Je suis homme et tu es comme… enfoui
Ce puits, ce sont mes mots qui portent
Mais il existe aussi, en quelque sorte
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle