De toi à moi - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

De toi à moi

Gamin tu as été gâté, c’est vrai

Et très récemment, tu as goûté à…

Au fait d’être sevré, de légèreté

Etrillée soudainement, ta légèreté

Par la mort et ce que l’on veut de social

Soubassements incompréhensibles, pour un enfant

Par la morsure des feux et du temps, enfant

De nous j’ai su situer mais pas juguler

Si tu es dans ce corps, mien, tien

Maintiens à ton esprit que nous savons lutter

Le social et la mort t’ont savonné la pente

J’ai su en savourer les montées et redescentes

D’initiales morcelées, j’ai fait des phrases

J’en ai suturé l’essentiel, j’ai su en tirer du bleu ciel

Qu’il soit d’aube ou de nuit, entier d’étoiles

Je sais que tu ne sais pas, ce que tu es toi, là

Je ne l’ai jamais su, non plus

Mais tes pas ont conduit aux miens, à mille lieux d’années

Tu n’as jamais su ce que tu faisais là, moi non plus

Mais tu as toujours senti être enduit comme d’un effet

Alors j’ai enduré pour toi par la suite et savouré, aussi

Ça nous avance bien, je sais…

Mais sous le voile de quinze ans, peut-être peux-tu voir

Un peu mieux du sens de notre histoire

De ce que tu fais là, de ce que je n’ai pas su faire

De ce que tu as souffert, de ce que j’ai accompli

Je suis un complice de ton futur, voire l’auteur

Vois les sourires autour, la plissure à ces visages

La vie sage n’était pas pour nous

Alors tu as dévissé, sage décision

Dérision du songe : l’inconscient nous a guidés

Des vies séparées songeais-tu, mais tu es moi

Et je suis toi, je suis tes pas d’hier

Tu as pavé j’ai parcouru

J’en ai bavé puis te revoilà, sur notre avenue

Te revoir là, y aurais-tu pensé ?

Tu ne sais pas ce qu’évoque le puits

Nous sommes un, mais deux époques

Je suis homme et tu es comme… enfoui

Ce puits, ce sont mes mots qui portent

Mais il existe aussi, en quelque sorte  

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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