La lance
La nuit, passe-t-elle par là ?
Par la redescente, oui
Dans des tons à la pastelle,
Détonnant du parloir qu’est le jour
Des tonnes d’inertie, itinérantes à l’après-midi
Cette prison pour l’heure, qui passe telle une pesanteur
Elles pèsent tellement, ces heures
Et puis à l’âpre, vient ma divinité
La braise d’un élément, les heurts du crépuscule
Frappant la maladive idée que quelqu’un eut
D’un jour créer le jour
Quand l’aube et la nuit et le crépuscule…
Quand ils eurent suffi à insuffler la vie
L’eau berce le port à Brignogan
Un souffle, et le jour s’en sera allé
Briller en grand là où il voudra
Ou qu’il aille, s’affaler ailleurs et ne renvoie
Que par les voies de la nuit, sur la voile qu’est la lune
Les vrilles nécessaires à l’ivresse
Les brillances spectrales, dévoyées
Le spectacle parallèle des voix d’hier
Ces voix que le présent ramène, à l’aile du satellite
Ça te lie un cœur et mille autres, ces blancheurs voisines
L’oppression s’en délie, dans des liesses
Dans des liens qu’on noue, en soi, ensemble
En nous, dans des lieux partagés ou solitaires
Qu’importe qu’il soit l’été ou l’hiver
Dodelinante, la blancheur dégouline en nous
La fadeur chagrine du jour est loin
Le noir frondeur agrippe l’âme et la lance
Et là l’anse de Brignogan me ravit
Le monde ne balance plus mais la vie !
La vie noircit de sensations, comme une page
A la commune page qu’est le jour, un bain de sel
Un lien du sang avec la lune,
Elle est amarrée à nous, ou nous à elle
Et dans l’obscurité, les regards lacunaires
On repart alunir des soirs
Dans ce port à allumer la nuit
Fugue étincelante, comme une flaque d’essence
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle