Au long de plages exhaustives
Au sortir de la rivière, je m’ouvre à l’horizon
Qu’est-ce qu’on invente de rire alors
Qu’est-ce qu’on inventorie en dérivant au large ?
Il ne vente rien et l’horizon dérive au long de la côte
Je l’ouvre comme un ventre, au long du mouvement et de l’effort
Je ne suis qu’un homme à découvert
Et j’entre au long de l’horizon, en une lente progression
J’entrevois le ventru de ce mot : après
Au long de l’horizon, d’une lente procession
Je procède en sinuant comme la côte sinue
Je vais vers Guissény et m’évertue lentement
A insinuer du présent dans ce mot : après
Et puis d’immenses déserts, de plages
Ils me rappellent le puits des aires vulnérables
Dimension qui n’est pas pour cette page
Je suis appelé comme par un désir tendre : après
Je désire tout du présent, que seul l’excès m’exauce
Mes pensées ne sont qu’une foule âpre et abrutie
Je ne sais plus penser, je ne sais que fouler
Je ne suis qu’une foulée, je ne suis que la mienne
Seul l’excès m’exauce alors je poursuis ce mot : après
Ces plages exhaustives m’amènent d’habitude
A faire, des foulées, la fièvre aux pensées
Mais je ne suis qu’un drap de peau qui titube
Des étendues coulées de sable, amarrées là
A marée basse comme un drapeau affalé
A cette heure distordue d’avant le soir
Il me faut la fièvre alors à l’appel de l’après, je réponds
Je répands mes pas, jusqu’à l’heure du grand parallèle
Et les plages passent et la marée monte
Jusqu’à l’heure enfin où l’on se sent cyclique
A l’anse, empesé de fatigue je m’électrise
La brise des lueurs faiblit, le crépuscule rapplique
Avec application alors l’effet de fièvre m’anoblit
Ma noblesse n’est rien, qu’un mouvement vulnérable
Un mouvement vulnérable d’après et d’ivresse
A présent que le jour s’affaisse, devant la nuit vénérable
De l’anse éventée je joue à sortir, et digresse
De là se nourrit ma fatigue et le crépuscule
Au silence du soir je réponds du vague
Et plonge dans l’océan, hagard de désir
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle