Le rythme est à nous
Autour d’une table basse, on parle
On bavasse au tour à tour
D’agréables pourparlers ouvrant la voie au crépuscule
Deux se prélassent dans un canapé
De gré ou de force ils s’enfoncent dans ses profondeurs
Bien matelassé mais trop profond
Quand les trois femmes en robe ont fait le choix, sachant
Le choix fameux des fauteuils dérobés en musique
A l’aise et musicale, une soirée bien tombée
Des paroles pas trop enrobées, musicales
Falaises de canapés, qui nous avalent
Je parle ici du crépuscule, du musée fait à l’instant
Des braises qui m’ont amusé, quand le rythme est amour
De baisers d’encre un peu rusés, quand le rythme est à nous
Je biaise mon discours, de peur d’user
Et le courant discontinu reprend
Nous reprenons de la conversation
De courts et entêtants instants de notes
De minces interstices, qu’on verse à l’ombre du soir
Pour tomber sur ce mot heureux
Comme une hélice au moteur des pensées
Un mince mot dit comme ça
Qui me maudit l’esprit, à passer et repasser
Comme un disque rayé, ce mince mot
Comme une hélice coincée, qui me modifie
La pince à dénuder
Des nuits d’avant, j’étreins ces ancres
Des navires d’avant, évinçant, évincés
Des bruits brûlants, des froids hurlants
Et la vie résonne en instants courants
La virée s’électrise et nous secoue
On se grise car le rythme est en nous
Des nuées dans la brise, le rythme est amour
La prise de minces mots serrés
D’une pince à dénuder
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle
Sur fond de Rythm is love