Le froid de la Grave
Au Trois-mille-deux, je me réchauffe la main
Je m’échauffe la main, l’œil sur un glacier
Il est réchaud à mon sang, mon encre
Le sang de ma main, noir, échaudé d’un peu de bruit
Au Trois-mille-deux, lendemain de nuit peu chaleureuse
Leçon tout sauf démodée, pour l’humilité :
Le fond de froid, de l’humidité
Toute souffrance est bonne à prender
Allumer des mots, des cimes rebondissantes
Sous froid on côtoie des bornes, on se dit cent fois…
« Rallumez là-haut, les rayons décimés ! »
Oui mais sous froid, sous nuit, on incendie des parois
A l’humeur de toiles ensommeillées, sous fuite
On fuit l’inertie, dans le rêve par les voiles
Allumé, le rêve se voit dégouliner
Sous d’inertes cimes, on coule en lui
La tente a des gouttelettes, le goût tellurique
Du rêve on redescend
On rode ici pour dériver à nouveau
Faire des virées en téléphérique
De viriles coulées de vent édictent leur loi
Dans ce leurre-roi des rayons
De viriles courants mais pas électriques
Plutôt de lancinants coups de trique
Coulant sous les vêtements de peau
Lent et sinueux, le retour de l’hébétement
Depuis les véhéments coups portés par l’air
Par les remontées on redescendra
Parler sans honte des fureurs emportées
Celles du froid qui auront su porter
Dans les parois de nos peaux de petits passants
A petits pas sans bruit, redescendre
Dans les pores là où l’eau glacerait
Qu’aucune peau ne saurait supporter
Dans les ports je retournerai
Repenser à ce cocon de nuit
A ce port-là, dans la hauteur glacée
L’insupportable ferveur du vent glacial
A ce port là-haut, veillant l’îlot d’altitude
Altitude façonnée, façonnable
Là où le hameau semble-t-il peut
De là-haut, sonner aux yeux comme une île
Hameau façonnable, rassemblant des fils de ferveur
Hameau ressemblant à un lointain, beau car illusoire
Une île au soir, un semblant d’air marin
Ma main erre en mots alors j’abrège
D’une fin qui erre en haut
Fonte d’un éphémère sous la Meije
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle