Le fort fait taire
L’abondance est un poison
On a beau danser beaucoup
On ne peut s’étourdir, à déraison
Se détourner de l’idée au cou
Comme un nœud à la gorge : à la raison
Détour néfaste en abondance
Comme dans les fastes d’un hôtel :
L’abondance est un poison
Elle a bon dos la différence
Il y a l’aisé et le lésé, où est la droiture ?
Et les autres, au sentiment d’imposture
Dans l’abondance il y a les airs du vide
Car l’avide appelle à son contraire
Et la vie dans l’abondance fait taire
Le sens et le don de soi
Absence de tout ça dans cet hôtel
Les lustres et le luxe interpellent
Un tel paroxysme à l’abondance
N’y a-t-il pas comme redondance ?
Rebond dans ce gosier ou sur cette panse
Où l’on dépense le monde sans compter
Ici l’opulence est à peine un à-côté
Et à pleines bouchées on gaspille
On éparpille le travail de mille autres
On les considère minables, mis au loin
Misérable comédie, d’au moins un pourcent
De ceux-là qui se considèrent pur-sang
Qui déconsidèrent, par fait d’argent
Et le forfait est tel que le fort fait taire
Le tarif de mille vies qui paient pour une
Or à l’hôtel une fille aux cheveux lune
Fait payer la diff un matin
L’âme échevelée, la haine déchaînée
Car l’abondance est effrayante
Il faut lui être terrifiante
Le tertre à tout homme qui s’y oublie
Or la faux fluide et luisante
Telle est la pluie de mots de cette fille
Elle qui juge cette décadence cuisante
Car des cases à la misère moderne
Un pourcent s’adonne à rendre le monde terne
Terne à tant d’autres qui marnent
Et cette fille maudit pour l’éternité
Ces mâles ou femelles même pas Hommes
Entre marteau et faucille, le feu s’illumine
Et le pauvre s’illusionne en ces dictatures
Quand les moyens questionnent leur imposture
Et qu’un pourcent citoyen se la donne, en excès et bitures
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle