Le chant de l’âme ogresque (VIII) – Des bonds dans les flaques
Fragment
Mon âme-ogresque vit un voyage.
Son paysage, tout sauf livresque,
Déploie ses ivresses : coloriages.
La patrie qui a vu naître Liszt
Est une musique à ses fenêtres,
Fondant mystique dans réaliste.
Le manque de foi s’est effondré,
Cette peur du soir s’est planquée,
Carapatée au son de la voix
De l’ogre-ferveur qui fait sa loi.
Floqué du sigle libérateur,
Je mène expédition intérieure,
Sautant, joyeux, de bouches en plaques,
Dans cette pluie légère et ses flaques.
L’appui léger, je traque la musicalité de ce sol sur lequel mon âme-ogresque est libre de détonner.
La frugalité du silence, la quiétude d’une avenue, c’est parfois tout ce qu’il faut pour s’enivrer. Pourquoi n’apprend-on pas que l’on peut s’enivrer de la sobriété ?
Mai, printemps. Pétale qui, à l’automne, sera bris d’été. Qu’elle est douce, l’ébriété solitaire, état débridé, prémices estivales.
De quoi suis-je en train de m’enivrer ? De moi-même, de la rue, du peuple absent ? D’un langage que j’entends à l’intérieur de moi. Il faudrait le rendre universel, ce langage de l’âme ogresque ! Si chacun faisait entendre son dialecte, si chacun excédait à en rompre sa morale et la morosité qui va avec -de ce que l’on s’y conforme – l’humanité ferait des bonds ! Comme moi ce soir dans les flaques.
Et plutôt que du progrès que l’on nous vend, et qui mérite le caniveau, nous nous éclabousserions les uns les autres de ce quelque chose de contagieux. Les mille et un contes d’une nuit sans pareille ; éveillés à toute heure de l’existence.
A toute vapeur, toutes voiles dehors, à bâtons rompus, dans des foulées dératées : courir les joies, partir, appareiller pour un pays nommé Ivresse.
Sur des champs de lave, nos fusions intérieures ;
La cristallisation : chants de l’ogre-rieur.
Jean-Marie Loison-Mochon
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