Entre Etienne et nous (IV) – Foule, débile projection
Fragment. Entre Etienne et nous (IV) – Foule, débile projection
Son encre n’a aucune couleur,
Rien que celle de l’Indélébile,
Mais insidieux, tendu par des fils.
A rebours, le piège de la pieuvre !
« Et qu’en dit Dieu ? » se demande Etienne,
De cette marionnettiste à l’œuvre.
La foule, débile projection,
Déboule, folle calligraphie.
Dieu ? Inactif, fait fi du défi.
Il ne foudroie pas de punition.
Du haut de sa tour, le Saint peut lire
Les mots formés par l’agglomérat.
La formation-chienlit semble écrire :
« Gloire à notre inertie ici-bas ».
Puis la foule s’éparpille, et se répand ailleurs, ou autrement.
Etienne se frotte les yeux, lui qui ne peut rien manquer de là-haut. Il en vacille, de ce qu’il croit avoir lu, il s’en faut peu qu’il ne dégringole sur cette bande de rigolos.
« Qu’en dit Dieu, de ces candides irrespectueux ? ». La question reste sans réponse, les cieux n’ont que faire d’un fourmillement athée. Le mouvement insidieux, pourtant, en a mené, des bigots, à préférer les bibelots à la croix, et les camelots à la foi. Mais la Terre tourne, elle semble entière, à quoi bon réagir ? Mais ne tourne-t-elle pas à l’envers ? Ne se délite-t-elle pas en dedans, de ce que ses habitants rejoignent cette antithèse de l’Elite ?
Il était un autre temps, une autre mythologie, où la pieuvre immense, Kraken, était à craindre, aussi. Un temps où les Titans avaient été enfermés. Depuis, n’ont-ils pas croqué le globe du dedans ?
J’esquisse un sourire amer à Merci[1] et quitte mes divagations divines, en acceptant d’aller boire un verre.
Tremblement terrible, la pieuvre Occidorience ;
Dame criblant, tramant ; drame oxydant au rance.
[1] Diminutif de Mercédesz, se prononçant « Merzci ».
Jean-Marie Loison-Mochon
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