La salle des pas perdus (II) – La valse au tricycle

Fragment. La Salle des pas perdus (II) – La valse au tricycle

 

L’assaillante aux tresses, disparue,

La pagaille en messes repart, belle ;

Du neuf au Pays des pas perdus.

 

La saillante ruelle a deux ans :

La jeune rouleuse, jouvencelle,

N’a jamais ri plus que maintenant.

 

Deux pieds dansent à en fendre l’eau.

Deux roues d’enfants forcent le galop.

D’incessants retours, allée allègre,

Désarçonnent cette flaque maigre.

 

En selle : « Maman ! Vois ! J’amerris ! »,

Emerveillée des projections neuves.

En elle et en moi, les mêmes fleuves.

Sans Elle, sans toit, l’endroit revit.

 

L’Endroit, ce sens inconnu, la petite cycliste le cristallise. Ses ruées sur la parcelle d’eau esseulée, sa joie renouvelée jaillissant avec les éclats : ce sont mes allées et venues sur les cartes et les pages. Traversant sa petite mer intérieure, elle semble redécouvrir l’Amérique à chaque voyage. L’amertume est absente de ces eaux.

Mon squelette en verre ne frissonne pas du fantôme, mes os sont au repos de lui. En mai, la gamine a deux ans. Mai répète ses gammes : deux ans, aussi. Après neuf mois dans la matrice, elle a été livrée au monde. Après neuf mois d’éclats, je vis l’envers.

A rouler sur la chorégraphie enfantine, je m’aperçois que sur l’eau, je ne vais pas couler. L’âge est neuf, les temps sont neufs. Encore et encore, la petite tire des bords. Par ses excès, elle fait déborder ses environs. Au roulis du Mouvement, par la vitesse, elle noie ces eaux qui, sinon, auraient nui à sa robe.

Deux ans, neuf mois, neuf temps. La valse au tricycle baigne la Salle des pas perdus, de projections apposées mais apaisées. Mouvement : vasque bénie.

 

Une pièce sans mur, aux douces mélodies,

Murmure Mouvement, se trémousse, applaudie.

 

Jean-Marie Loison-Mochon

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