L’aridité des interstices
De Huesca à Zaragoza
Descendus des Pyrénées depuis longtemps
Des sangsues de rayons auront ici comme sifflé l’eau
De bas plateaux, et rien servi dessus
Des sueurs de versées pour les traverser
Ces sueurs déversées n’irriguent rien
En Aragon, légende d’une ville ayant versé le sang
Les gens d’ici parlent du ding-dong d’une cloche
De l’art des douze coups, de douze coups bringuebalants
De douze têtes coupées, par un roi briguant l’autorité
Un court règne raccourcissant la vie
A l’image en rien adoucie, des rayons violents
Four éteignant la verdure, étreignant tout horizon
Et puis descendre ici encore, un Sud épuisant
Une ville célèbre, comme un puits d’influence
Une ville sur l’Ebre, dite des quatre cultures
Cuadro comme façonné d’argile, d’usure
Car l’eau ici s’écoule et les hommes en firent cité
Remparts ici, forum ou théâtre empire
De part en part des ruines et de la modernité
Romains puis musulmans, hivers ou ivresses
De pouvoir ibère avant, de chrétienté
Des ordres et beaucoup de messes : de l’absurdité
Des ordres dont aucun ne résout l’aridité :
Celle de l’ordre basé sous un ciel d’iniquité
L’ivresse pour les uns, l’hiver saupoudré pour les autres
Pas de médiatrice à raconter, pour l’ivresse
Désordre des odeurs, en sortant du centre
Pas de médiatrice, ou les bribes d’une équité
L’Ebre irrigue les mêmes terres, sous un même ciel
Mais il erre une senteur bien triste
Les bribes à la pauvreté, les hauteurs aux autres
Pas une belle branche aux extérieurs du centre
Et le dimanche on arrose au centre
Le sale et la puanteur s’excentrent
Et sous le palais ou les salles du Parlement
Tout est vert, le palais sûrement bien nourri
Le palais sûrement mieux loti en pluie ?
Et le centre sent moins, ou pas
Ce ne doit pas être le même ciel : j’en suis témoin
Ceux qui ont moins sentent et s’agglomèrent
Quand au centre de l’agglomérat…
Une main aura dératisé, sûrement
Au centre on entretient la moindre rue, ruine
Excentré on en construit, par des vies délaissées
Elles voudraient poindre aussi, sûrement
Mais l’entrée sous ce ciel est bouchée, sûrement
Elles voudraient poindre, comme les fleurs au centre
L’Ebre en est témoin et voudrait ruisseler sur tous
Mais aucun fleuve ne peut tout, si quelques-uns parmi tous…
Si quelques-uns font des pieds et des mains de richesses
Et font que la main ne ruisselle que sur certains
Et c’est d’un triste car si commun
Comme une constante révélatrice, prenant corps ici en climat
Encore et encore, dans toute ville
L’aridité des interstices, l’écho des rayons sûrement
L’aridité crisse ici et dans toutes les villes
Le vide et peu d’ivresse, ou de la sale pour certains
De la sale odeur putride
Quand la richesse au centre fait verdir
Arrose en liesse des pavés
Qui ne pousseront jamais
Qui ne se pousseront jamais
La rose à certains, la nécrose aux autres
Les moucherons y sont préposés
L’arrosage aux interstices, ou l’aridité
La richesse n’est jamais sage ou dosée
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle