La voir en corps
Au village Poder, le virage de la nuit
L’air du jour se raréfie, virage dans l’envers
Au village Poder, l’horizon se renverse
Déversement défiant le clair
Les babillages de l’obscur
Des groupuscules d’étoiles font maillage
Le phare s’en sent bousculé, s’incendiant en réponse
En mendiant d’une île et de lumière
Je fais paître mes yeux dans ce crépuscule
En moi se pétrit l’idée de l’immersion
Que lui a-t-il pris, à cette île ?
Pitrerie d’un plongeon
Seul un donjon émerge, d’en bas des escaliers
Vitrerie de nuages, pour pallier l’insensé
L’intense est dans mes yeux incendiés
Fenêtre alliée de mes jeux de pensées
Quelle île voudrais-je voir apparaître ?
J’appelle à ma fenêtre
Mais pour le vœu, qu’en sais-je ?
Le sage serait de rentrer, revenir demain
Mais cette île qui s’est mise en vacances de l’horizon…
Quelle île voudrais-je voir apparaître ?
Au village Poder, je porte haut les yeux
Je pourrais saisir la poignée, rentrer
Entrer dans les forêts noires du paysage
Petite église ou chapelle, j’y chaparde du temps
Petit pays sage attendant l’horizon, ses naissances tendant à l’extinction
L’océan rend docile, même les plus fervents
J’aurais tendance à me dire fervent encore
Le chœur de mes yeux entend faire danser le même refrain
Je réfrène mes : où est-elle cette île ?
Je me renfrogne mais reste là
Rentrer je m’en cogne, je veux la voir en corps
Je n’en vois que les traits d’un phare
Et encore, c’est à supposer qu’elle ait plongé
Ma fenêtre est rongée de cette curiosité
L’escalier à nuages n’est presque plus rosé
Couleur usée des alpages vaporeux
Où est-elle, la ferveur de la langue ?
Elle rappe au coin de ma terre
Mes lèvres maternent le vœu de ma fenêtre
Mes yeux sapés d’une vision, laquelle voir apparaître ?
Ma voix prononçant jusqu’à l’extinction :
Mais où est-elle, cette île ?
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle