Ce coureur de crépuscule
Près du port-pouvoir, en procession
Je chemine aux alentours de l’horizon
Près du port-pouvoir, j’entoure ce phare des yeux
Comme un chewing-gum, une bulle rose au loin
Sans tourner autour du pot : voilà je suis vexé
Car j’ai beau cheminer comme un damné
Errer des yeux comme sous ivresse
Ce ne sont pas les cieux roses qui m’ont piqué
Ni la mer qui le biberonne
Mais ce qui n’environne pas ce phare, là, posé
Oui j’y reviens, roder en procession
Rodéo de foulées, de pensées, c’est par là que je vais
Je me parle à moi seul, je perds la notion du jour
Je rembarre sa moisson de rose
Oserai-je dire encore que je cherche une île ?
Rembrunie, l’attente en moi sombre encore
Au port-pouvoir je cherche la perspective d’un corps
Ramenée par la marée du lendemain, dont j’espérais
Par la main sans le deuil, elle respirerait
La perspective au loin… n’est pas apparue
A paraître obsessionnel, je dis à ma vue
« Sois passive et le ciel t’aidera »
Oui mais au ras des mots elle ne comprend pas
Et moi non plus ! La coursive du ciel s’éteint
Moi non plus… je ne comprends pas
Dans la géométrie des perspectives, je combats l’incompréhension
Appréhension par compas, d’un horizon qui se refuse
Mais où est-elle encore cette île ?
Quelle île au fond ? Je m’attendais au corps connu
Et où ça ? Mais là-bas voyons…
Quelle illusion espérais-je ?
Est-il sage de savoir quelle île on cherche ?
Pas de compassion du ciel, épais il règne
Mais léger à l’horizon, le rose devrait la lécher !
Au port-pouvoir, passionné j’assiège
A la chapelle, à l’église, je combats la chappe du jour qui brille
Trop long jour comme un trop long vers, je le passe au tromblon
Je tremble d’un rêve dont l’ombre appelle
Le vœu en semble m’échapper
Au port-pouvoir je sombre en inattention
Sur les pavés d’or de la place
A l’église une femme à la peau ivre de soleil, paraît
Le jour s’enlise et me nargue, faut-il y voir ma défaite ?
Sur hauts talons, elle a le talent fébrile pour marcher
La nuit n’est pas l’ombre d’un chemin pavé de beaux habits
Robe de salon sur la rue, échancrée d’horizons
Une prise de vue sombre à l’écran, une prise de plus
Un regard en moins, dont le champ non plus n’a pas vu
Cette femme est prise ce soir, par le chant du temps qui passe
La robe et les talons, les rides à l’ombre de ses courbes nues
Elle étale on le sent, les formes du temps face à la mer étale
Son corps ce soir s’étoilera d’une illusion
Elle le trouvera, elle ! Son atoll introuvable
Plaisir vain de la fusion des temps : avant, du vin, maintenant
Mais où est-elle cette île bon sang ?!
Les pulsions fusent en moi, le crépuscule me les refuse
L’impulsion de mes compas, la faim sur les talons
Le rose infuse, l’horizon l’écluse
Mon comparse le phare roule des hanches comme d’une farce
Déhanché de lumière, séduit par le soir
Complaisants mes regards s’allument
Alunissant dans les bras de ce coureur de crépuscule
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle