Ce coureur de crépuscule - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Ce coureur de crépuscule

Près du port-pouvoir, en procession

Je chemine aux alentours de l’horizon

Près du port-pouvoir, j’entoure ce phare des yeux

Comme un chewing-gum, une bulle rose au loin

Sans tourner autour du pot : voilà je suis vexé

Car j’ai beau cheminer comme un damné

Errer des yeux comme sous ivresse

Ce ne sont pas les cieux roses qui m’ont piqué

Ni la mer qui le biberonne

Mais ce qui n’environne pas ce phare, là, posé

Oui j’y reviens, roder en procession

Rodéo de foulées, de pensées, c’est par là que je vais

Je me parle à moi seul, je perds la notion du jour

Je rembarre sa moisson de rose

Oserai-je dire encore que je cherche une île ?

Rembrunie, l’attente en moi sombre encore

Au port-pouvoir je cherche la perspective d’un corps

Ramenée par la marée du lendemain, dont j’espérais

Par la main sans le deuil, elle respirerait

La perspective au loin… n’est pas apparue

A paraître obsessionnel, je dis à ma vue

« Sois passive et le ciel t’aidera »

Oui mais au ras des mots elle ne comprend pas

Et moi non plus ! La coursive du ciel s’éteint

Moi non plus… je ne comprends pas

Dans la géométrie des perspectives, je combats l’incompréhension

Appréhension par compas, d’un horizon qui se refuse

Mais où est-elle encore cette île ?

Quelle île au fond ? Je m’attendais au corps connu

Et où ça ? Mais là-bas voyons…

Quelle illusion espérais-je ?

Est-il sage de savoir quelle île on cherche ?

Pas de compassion du ciel, épais il règne

Mais léger à l’horizon, le rose devrait la lécher !

Au port-pouvoir, passionné j’assiège

A la chapelle, à l’église, je combats la chappe du jour qui brille

Trop long jour comme un trop long vers, je le passe au tromblon

Je tremble d’un rêve dont l’ombre appelle

Le vœu en semble m’échapper

Au port-pouvoir je sombre en inattention

Sur les pavés d’or de la place

A l’église une femme à la peau ivre de soleil, paraît

Le jour s’enlise et me nargue, faut-il y voir ma défaite ?

Sur hauts talons, elle a le talent fébrile pour marcher

La nuit n’est pas l’ombre d’un chemin pavé de beaux habits

Robe de salon sur la rue, échancrée d’horizons

Une prise de vue sombre à l’écran, une prise de plus

Un regard en moins, dont le champ non plus n’a pas vu

Cette femme est prise ce soir, par le chant du temps qui passe

La robe et les talons, les rides à l’ombre de ses courbes nues

Elle étale on le sent, les formes du temps face à la mer étale

Son corps ce soir s’étoilera d’une illusion

Elle le trouvera, elle ! Son atoll introuvable

Plaisir vain de la fusion des temps : avant, du vin, maintenant

Mais où est-elle cette île bon sang ?!

Les pulsions fusent en moi, le crépuscule me les refuse

L’impulsion de mes compas, la faim sur les talons

Le rose infuse, l’horizon l’écluse

Mon comparse le phare roule des hanches comme d’une farce

Déhanché de lumière, séduit par le soir

Complaisants mes regards s’allument

Alunissant dans les bras de ce coureur de crépuscule

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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