La voie - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

La voie

Je revois ce quai d’il y a peu

En ce que les reflets au ciel disent d’une même voie

Je rebois de ce lait chaud, par les yeux

Les choses des sens sont mystérieuses

Je marche ici en une allée, chatoyant cœur de nuit

Une allée, une voie, s’amourachent, se font écho

Ce sont des choses qu’à l’air du jour on ne voit pas

Or sur cette allée de bien au-delà de minuit

Je rebois de ce laitage, fluide et lumineux

Je rebois de ce sel, assis, à genou sur ce quai

Je recroise ces lieux, d’un quai sous voie

D’une allée sans bruit, sous voie aussi

Je reste un instant de plus sous le voile de la nuit

Il n’y a plus de pluies d’étoiles, en septembre

Car le tendre est intérieur maintenant

Mais la nuit le redévoile, par un paysage lacté

Sur l’allée verte et noire, je viens, vais

Village dont l’envers se dit Eaurra

J’y reprends du paysage là-haut

Breuvage visuel, au ras du cœur

La voie là-haut étage les lueurs

Ses tâches lumineuses comme le souvenir

Frais et si près, ce souvenir du quai

Sur l’allée je vais pour rejoindre ma tente

Sur le quai nous allons, pour se joindre en tout

Sur la laiteuse image, où le désir peut poindre

Où tout est cinéma, tout est cime à même le cœur

Ici ne m’as-tu pas senti te désirer ?

Si, bien sûr que si

Assis, sans tituber d’ivresse comme eux là

Assis sur ces marches, je suis ivre et sens ton feu

Ivres et sans se dédire du désir

Je revois cette page de nuit, s’électrisant

Je revois tes courbures, non loin de la première plage

Et puis soudain, coupure

Le quai s’éteint, le ciel s’allume

Ecume au ciel, laitage

Notre voie accumule les symboles

Au ciné, des sinuosités

D’escargots, d’humeurs de vie

D’espoir d’une vie meilleure

Des scories qui me reviennent

Des scenarii, les voix laiteuses de ce que nous vîmes

Et là tout s’allume, du titre au ciel

Une grande écume au ciel, dans l’envers de l’abime

Ceci fût un chapitre de plus, un tendre envers

Alors sous la voie je te sens me tendre la main

Comme au verso de la pensée, presqu’un rêve

Humains liés par la pensée, sous les prés noirs

Du Sud je reviens au Nord, d’une allée au quai

D’un soir auquel succéda la nuit

Sur les damiers les plus blancs de tes pores

Oui, sur notre voie ce soir-là

A ce quai succédèrent nos pores

Sans un poids sous l’envers de la voûte

Le suc éphémère et noir, du désir ou de la nuit

Sous un bois sans le vert, car la nuit est noire

Je rebois de ce lait chaud, par les yeux

Langage parlé par les cieux

Je revois ce qui a perlé jusqu’en mémoire

Des alpages parés d’étoiles, de lait, d’allées, de voie

De toi reprenant corps comme un présage passé

Sous les prés noirs qui dévient, prenant

Il n’est rien de commun dans ces plages de lueurs

Il n’était rien de commun non plus, dans tes taches de rousseur

Il n’était rien le ciel

Puis le quai s’est éteint

Puis l’éclair d’une voie là-haut

Comme un visage dépeint

Sous le clair de nous je te parlais du visage

Celui de cet acteur dont les traits m’ont parlé

Puis sur le quai, l’instant puise en celui d’avant

Sur le quai, l’écho d’un Julio, Julio !

Comme si l’écorce d’un visage s’écornait

Comme en tes paysages de pensées ?

Sur le quai l’écho, d’un Julio ! Juillet !

Sur le coup sans le comprendre

Et puis ce court instant, le réentendre

Sur le quai l’écho d’un Julio, Julio !

Ciné, visage ou paysage

Un court instant appelant aux premières plages, aux premières pages

De sourdes lumières sous voie,

Sur ce quai

Sur ce quai-là qui sourd d’un Juillet, juillet !

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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