La voie
Je revois ce quai d’il y a peu
En ce que les reflets au ciel disent d’une même voie
Je rebois de ce lait chaud, par les yeux
Les choses des sens sont mystérieuses
Je marche ici en une allée, chatoyant cœur de nuit
Une allée, une voie, s’amourachent, se font écho
Ce sont des choses qu’à l’air du jour on ne voit pas
Or sur cette allée de bien au-delà de minuit
Je rebois de ce laitage, fluide et lumineux
Je rebois de ce sel, assis, à genou sur ce quai
Je recroise ces lieux, d’un quai sous voie
D’une allée sans bruit, sous voie aussi
Je reste un instant de plus sous le voile de la nuit
Il n’y a plus de pluies d’étoiles, en septembre
Car le tendre est intérieur maintenant
Mais la nuit le redévoile, par un paysage lacté
Sur l’allée verte et noire, je viens, vais
Village dont l’envers se dit Eaurra
J’y reprends du paysage là-haut
Breuvage visuel, au ras du cœur
La voie là-haut étage les lueurs
Ses tâches lumineuses comme le souvenir
Frais et si près, ce souvenir du quai
Sur l’allée je vais pour rejoindre ma tente
Sur le quai nous allons, pour se joindre en tout
Sur la laiteuse image, où le désir peut poindre
Où tout est cinéma, tout est cime à même le cœur
Ici ne m’as-tu pas senti te désirer ?
Si, bien sûr que si
Assis, sans tituber d’ivresse comme eux là
Assis sur ces marches, je suis ivre et sens ton feu
Ivres et sans se dédire du désir
Je revois cette page de nuit, s’électrisant
Je revois tes courbures, non loin de la première plage
Et puis soudain, coupure
Le quai s’éteint, le ciel s’allume
Ecume au ciel, laitage
Notre voie accumule les symboles
Au ciné, des sinuosités
D’escargots, d’humeurs de vie
D’espoir d’une vie meilleure
Des scories qui me reviennent
Des scenarii, les voix laiteuses de ce que nous vîmes
Et là tout s’allume, du titre au ciel
Une grande écume au ciel, dans l’envers de l’abime
Ceci fût un chapitre de plus, un tendre envers
Alors sous la voie je te sens me tendre la main
Comme au verso de la pensée, presqu’un rêve
Humains liés par la pensée, sous les prés noirs
Du Sud je reviens au Nord, d’une allée au quai
D’un soir auquel succéda la nuit
Sur les damiers les plus blancs de tes pores
Oui, sur notre voie ce soir-là
A ce quai succédèrent nos pores
Sans un poids sous l’envers de la voûte
Le suc éphémère et noir, du désir ou de la nuit
Sous un bois sans le vert, car la nuit est noire
Je rebois de ce lait chaud, par les yeux
Langage parlé par les cieux
Je revois ce qui a perlé jusqu’en mémoire
Des alpages parés d’étoiles, de lait, d’allées, de voie
De toi reprenant corps comme un présage passé
Sous les prés noirs qui dévient, prenant
Il n’est rien de commun dans ces plages de lueurs
Il n’était rien de commun non plus, dans tes taches de rousseur
Il n’était rien le ciel
Puis le quai s’est éteint
Puis l’éclair d’une voie là-haut
Comme un visage dépeint
Sous le clair de nous je te parlais du visage
Celui de cet acteur dont les traits m’ont parlé
Puis sur le quai, l’instant puise en celui d’avant
Sur le quai, l’écho d’un Julio, Julio !
Comme si l’écorce d’un visage s’écornait
Comme en tes paysages de pensées ?
Sur le quai l’écho, d’un Julio ! Juillet !
Sur le coup sans le comprendre
Et puis ce court instant, le réentendre
Sur le quai l’écho d’un Julio, Julio !
Ciné, visage ou paysage
Un court instant appelant aux premières plages, aux premières pages
De sourdes lumières sous voie,
Sur ce quai
Sur ce quai-là qui sourd d’un Juillet, juillet !
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle