Des amalgamations
En filant, de Zarautz à Mimizan
Saint-Jean-de-Luz s’immisçant
Elle, à la plage sobre à l’abri en baie
A l’abri d’une jetée, bâtie, peuplée
Les bruits de rue plus que les bris des vagues
Palabres, ici en basque ou là en castillan
Palabras
Des frasques de langues, quand chaque village est pris d’orgueil
A l’abri d’une identité, comme d’une jetée
Tombant pourtant dedans, l’identicité
Comme si le pays se devait d’être rejeté
Tombeaux de petits villages, faux paradis
Alors la plage, où le beau se regarde à l’eau
A l’eau et puis au loin, à l’horizon
De terre on le reprend, épris de la route
Des zones d’activité rasoirs ici, ailleurs : à l’unisson
On se reprend et pour filer vers le Nord
Des routes droites se prennent, enfilades sans altitude
Des arbres droits écoutent ces droites nettes, sans turpitude
Déroutant de filer ainsi, n’écoutant que l’avancée
A l’avance on ne sait jamais : c’est la route
Elle s’immisce en un mot : après
Ou Mimizan, qui retentit de bris
A quarante-huit ans près, un répit ici même
Effarante suite, qu’un garçon n’aurait pas su
S’imaginer, s’y projeter
Le temps passé n’a pas de jetée
On n’en retient que les sensations les plus forcenées
Et le garçonnet, quarante-huit ans après
Revient avec son garçon, né voilà trente ans
Nous voilà hameçonnés par les vagues
Les bruits, leurs bris, leurs dérives
Alpagués comme si elles voulaient nous amalgamer
Deux petits agents, jouant dans l’océan
Sous la trame d’une avenue dite Côte d’argent
Serons-nous garants du souvenir ?
Côte à côte, agençant ces instants
Sous le vent qui fait venir l’odeur des papeteries
Comme une ironie à l’écrit racontant le doux retour
Retournerons-nous, comme ces gamins à l’eau ?
Reviendrons-nous entre trois horizons
Deux de brume, et l’humeur de l’océan
Reviendrons-nous, comme cette femme aux seins nus ?
Deux allées et venues déjà, sans homme
Femme aux seins nus, au soleil rebondi dessous
Une flamme y prend vie
Femme éveillant l’appétit des vagues
Reviendrons-nous, reviendrai-je ?
Ayant éveillé moi aussi une flamme ?
La reverrons-nous, la reverrai-je ?
La merveille d’élan flambant d’une aube
Comme un souvenir à qui l’oubli fût lent
Un élan pris dans des vies d’hommes
Que le vent, peut-être
Peut-être
Que le vent saura faire venir ?
Dans une ferveur d’élan
Dans une ferveur d’aller, d’abord
Dans les longueurs d’un crépuscule
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle