La voie, la sirène
Sous une tente en juillet
On perce la toile de mon sommeil
Un son, comme en dilettante
Je le perçois comme s’il était rêve
Il me poursuivit dans les instants
Entêtante poursuite, dans ce sommeil mal colmaté
Il ne m’attrista pas mais je pensai à la comète là-haut
Etoile filante à deux ailes, allant courir une île au Sud
Et je sus soudain que ces notes qui se succédaient
Au nord, au port, à deux battements d’ailes
Que ce n’était pas que du vent mais un air habité
Il m’invitait au-devant de la nuit
Je n’eus pas pu m’inventer une telle concordance
Au nord, au port, du corps on dansait, l’énergie à nu
Alors je pris le chemin de la nuit et ces notes connues
Dans la ville noire et endormie, décor de murs
Des murs aux torses à demi-nu
Des humaines à demi femmes
Au port, une foule et des notes aériennes : personnifiées
Personne n’y fit attention, à ma présence ici
A mon sommeil percé, à la pensée aux prises avec une sirène
Au port, après la houle de l’aube : laps censé apaiser
Au port à se prélasser, une sirène de plus
Comme si le son avait pris soin de tout lier
Je pris ici une leçon de Providence
Comme si tout était lacé bien à l’avance
Et ce soir encore, je suis aux prises avec ces lacets
Une femme est venue me susurrer que là, ces notes
Ces sons du soir de juillet, ici tout près, détonneront
Elles auront des façons d’été dans ce novembre
Des tons d’été murmurés, dans le vent de la ville
Or à l’abri de ses vrilles, de quelques murs bien lunés
Ici ce soir dans la ville où le soleil se couche
Ces sons avançaient cachés jusqu’à ce que cette femme me dise
Dans la houle de l’ombre, j’avancerai vers eux
Ces sons et cette femme, qui déboulent dans ma ville
Les foules de murs ici n’ont pas de sirène dessus
Mais cette fille qui veut danser, est-ce là une énième concordance ?
Est-ce une humaine ? Dans ses mots elle dit
Elle dit venir de la ville de juillet, de ces murs aux sirènes
Je ne m’alarme pas mais tout brille alors j’irai
Sirène ou pas je sortirai, entendre
Comme de sous une tente, vers un sortilège de sons
Et je saurai s’il agit, si la Providence…
Si l’agilité du sort de sons
Si la vie se densifie, d’une sirène ou non
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle