La voix, la sirène - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

La voie, la sirène

Sous une tente en juillet

On perce la toile de mon sommeil

Un son, comme en dilettante

Je le perçois comme s’il était rêve

Il me poursuivit dans les instants

Entêtante poursuite, dans ce sommeil mal colmaté

Il ne m’attrista pas mais je pensai à la comète là-haut

Etoile filante à deux ailes, allant courir une île au Sud

Et je sus soudain que ces notes qui se succédaient

Au nord, au port, à deux battements d’ailes

Que ce n’était pas que du vent mais un air habité

Il m’invitait au-devant de la nuit

Je n’eus pas pu m’inventer une telle concordance

Au nord, au port, du corps on dansait, l’énergie à nu

Alors je pris le chemin de la nuit et ces notes connues

Dans la ville noire et endormie, décor de murs

Des murs aux torses à demi-nu

Des humaines à demi femmes

Au port, une foule et des notes aériennes : personnifiées

Personne n’y fit attention, à ma présence ici

A mon sommeil percé, à la pensée aux prises avec une sirène

Au port, après la houle de l’aube : laps censé apaiser

Au port à se prélasser, une sirène de plus

Comme si le son avait pris soin de tout lier

Je pris ici une leçon de Providence

Comme si tout était lacé bien à l’avance

Et ce soir encore, je suis aux prises avec ces lacets

Une femme est venue me susurrer que là, ces notes

Ces sons du soir de juillet, ici tout près, détonneront

Elles auront des façons d’été dans ce novembre

Des tons d’été murmurés, dans le vent de la ville

Or à l’abri de ses vrilles, de quelques murs bien lunés

Ici ce soir dans la ville où le soleil se couche

Ces sons avançaient cachés jusqu’à ce que cette femme me dise

Dans la houle de l’ombre, j’avancerai vers eux

Ces sons et cette femme, qui déboulent dans ma ville

Les foules de murs ici n’ont pas de sirène dessus

Mais cette fille qui veut danser, est-ce là une énième concordance ?

Est-ce une humaine ? Dans ses mots elle dit

Elle dit venir de la ville de juillet, de ces murs aux sirènes

Je ne m’alarme pas mais tout brille alors j’irai

Sirène ou pas je sortirai, entendre

Comme de sous une tente, vers un sortilège de sons

Et je saurai s’il agit, si la Providence…

Si l’agilité du sort de sons

Si la vie se densifie, d’une sirène ou non

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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