Esa isla - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Esa isla

Ce caillou fait d’aspérités

Je ne m’espérais pas itinérant de l’étreinte

Le cas où je l’aurais été, il n’était qu’un rêve

Je n’aspirais pas non plus à l’intransigeance

Le caillou j’y ai été, comme si l’Indien avait su bien avant

Je n’étais qu’un comédien mal inspiré

Un homme et bien moins, qui ne savait plus respirer

Reste qu’il est une splendeur de cette île

Des senteurs qui y règnent, en souvenir

Esa isla, de tant de sentiers en pensée

De tant d’heures enfreignant l’idée d’un sang ivre

Je l’ai laissé là dans un coin d’océan, de souvenir

De tendres heures y règnent tout de même

Car esa isla, m’aimanta, m’aima tant

J’y baignai mes songes, démâtant sans tempête

Un chant n’est jamais mensonge, de moi, toi, vous : tant

Esa isla, au son chaloupé voire entêtant

Ce caillou fait d’aspérités, aspira des femmes

Non pas six reines mais deux, je vous tends ces mots

Ce cahier fait des opacités

Comme un chant brumeux, comme si l’Indien avait ciblé

En homme et bien moi, je brûle d’y songer

Dissonantes mais sœurs de cycle

Comme un lien, sobre esa isla

Mes heures de si clinquantes phases, d’y songer…

Esa isla, sobre en rien, éclatante

Désordres et concordances, pas mensongers

L’idée noire en moi décante

L’ordre et le corps, don de soi limité

Le désordre et l’esprit noir, esa isla corsaire

Qu’on sème encore des naufrages

Des chants rageurs et ensorcelants

De faire en quelque sorte, de esa isla

Des champs tapageurs mais libres

Des voix que ces quais émettent vers les voiles

Deux voix émettent, de ces cœurs-là

De ces cœurs las de chanter sauf en moi

Ils sont saufs en moi ces chants, trésor de confettis

Des heures sereines au Sud, là où la houle est indienne

Sur ce caillou deux sirènes, là au loin

Là où l’île et ses récifs scintillent

Lave ou encre, noircie d’océan

D’aube ou d’Est, vers des soirs d’ambre

Lave éclaircie, dans cette chambre où le magma chante

Esa isla, l’énigme à chasser comme une pluie d’autrefois

De trop fous magmas, cadencés de désordre

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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