Esa isla
Ce caillou fait d’aspérités
Je ne m’espérais pas itinérant de l’étreinte
Le cas où je l’aurais été, il n’était qu’un rêve
Je n’aspirais pas non plus à l’intransigeance
Le caillou j’y ai été, comme si l’Indien avait su bien avant
Je n’étais qu’un comédien mal inspiré
Un homme et bien moins, qui ne savait plus respirer
Reste qu’il est une splendeur de cette île
Des senteurs qui y règnent, en souvenir
Esa isla, de tant de sentiers en pensée
De tant d’heures enfreignant l’idée d’un sang ivre
Je l’ai laissé là dans un coin d’océan, de souvenir
De tendres heures y règnent tout de même
Car esa isla, m’aimanta, m’aima tant
J’y baignai mes songes, démâtant sans tempête
Un chant n’est jamais mensonge, de moi, toi, vous : tant
Esa isla, au son chaloupé voire entêtant
Ce caillou fait d’aspérités, aspira des femmes
Non pas six reines mais deux, je vous tends ces mots
Ce cahier fait des opacités
Comme un chant brumeux, comme si l’Indien avait ciblé
En homme et bien moi, je brûle d’y songer
Dissonantes mais sœurs de cycle
Comme un lien, sobre esa isla
Mes heures de si clinquantes phases, d’y songer…
Esa isla, sobre en rien, éclatante
Désordres et concordances, pas mensongers
L’idée noire en moi décante
L’ordre et le corps, don de soi limité
Le désordre et l’esprit noir, esa isla corsaire
Qu’on sème encore des naufrages
Des chants rageurs et ensorcelants
De faire en quelque sorte, de esa isla
Des champs tapageurs mais libres
Des voix que ces quais émettent vers les voiles
Deux voix émettent, de ces cœurs-là
De ces cœurs las de chanter sauf en moi
Ils sont saufs en moi ces chants, trésor de confettis
Des heures sereines au Sud, là où la houle est indienne
Sur ce caillou deux sirènes, là au loin
Là où l’île et ses récifs scintillent
Lave ou encre, noircie d’océan
D’aube ou d’Est, vers des soirs d’ambre
Lave éclaircie, dans cette chambre où le magma chante
Esa isla, l’énigme à chasser comme une pluie d’autrefois
De trop fous magmas, cadencés de désordre
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle