La statue m'a causé - Jean-Marie Loison-Mochon

La statue m’a causé

Place Général-Mellinet, Nantes

 

Enfonce-toi dans la nuit, citoyen

En face de toi est c’boulevard

Je fronce la voix, te l’montre du doigt

Enfonce-toi d’un pas de plus, en toi

Ne te précipite pas mais sois véloce

Sens-toi crépiter, comme une lave féroce

L’hiver t’a dépité, fils de l’hiver ?

Le vert des yeux, le gris d’l’horizon ?

De l’oraison, mon vieux

Alors vois les cieux noirs, prends par la nuit

La nuit veut t’prendre par la main

Alors bois son lait, sa voie te guide

Abats ton glaive, et vois ta plaie

A bâtons rompus, tu n’es pas blessé

Non, tu es éruptif et irisé : incandescence

Alors un temps descend en toi

Et déçois-toi ou réjouis-toi

Fais que l’moins de choses te régissent : fais-toi roi

Fais-toi roi de rien, dans la nuit au bout d’ma main

Le boul’vard bout d’toi, tu l’vois bien

Au bout de toi, ce boulevard d’une nuit

En bout de boulevard, la nuit fait jonction

En bas d’tout c’buvard d’encre et de nuit, d’effusions

La fusion des mots Egalité et Fraternité

Alors fracasse tes petites peurs de modernité

Et vois la nuit qui te materne ici, un sentier

Ce sentier qui n’te quitte pas, que tu dessines

De tes pas, dans cette ville qui te désigne

La vois-tu, cette nuit qui te dit signe ?

Ici ou là tu vois des signes, et que dit la ville ?

La vie est invisible, la Providence dit possible

La ville est en mille signes, tu te le prouves et danse

Et dans cette nuit, ton sentier scintille

C’est une ceinture de lueurs sous nuit

C’est une simple ouverture, vers un boul’vard

Tu n’as pas la boule au ventre, alors va

Va, simplement va, dans cette nuit où tu t’écoules

Dans cette nuit où tout est coulissant, de lueurs

Dans cette ville caressante, qui écoute ton humeur

 

Jean-Marie Loison-Mochon

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