La statue m’a causé
Place Général-Mellinet, Nantes
Enfonce-toi dans la nuit, citoyen
En face de toi est c’boulevard
Je fronce la voix, te l’montre du doigt
Enfonce-toi d’un pas de plus, en toi
Ne te précipite pas mais sois véloce
Sens-toi crépiter, comme une lave féroce
L’hiver t’a dépité, fils de l’hiver ?
Le vert des yeux, le gris d’l’horizon ?
De l’oraison, mon vieux
Alors vois les cieux noirs, prends par la nuit
La nuit veut t’prendre par la main
Alors bois son lait, sa voie te guide
Abats ton glaive, et vois ta plaie
A bâtons rompus, tu n’es pas blessé
Non, tu es éruptif et irisé : incandescence
Alors un temps descend en toi
Et déçois-toi ou réjouis-toi
Fais que l’moins de choses te régissent : fais-toi roi
Fais-toi roi de rien, dans la nuit au bout d’ma main
Le boul’vard bout d’toi, tu l’vois bien
Au bout de toi, ce boulevard d’une nuit
En bout de boulevard, la nuit fait jonction
En bas d’tout c’buvard d’encre et de nuit, d’effusions
La fusion des mots Egalité et Fraternité
Alors fracasse tes petites peurs de modernité
Et vois la nuit qui te materne ici, un sentier
Ce sentier qui n’te quitte pas, que tu dessines
De tes pas, dans cette ville qui te désigne
La vois-tu, cette nuit qui te dit signe ?
Ici ou là tu vois des signes, et que dit la ville ?
La vie est invisible, la Providence dit possible
La ville est en mille signes, tu te le prouves et danse
Et dans cette nuit, ton sentier scintille
C’est une ceinture de lueurs sous nuit
C’est une simple ouverture, vers un boul’vard
Tu n’as pas la boule au ventre, alors va
Va, simplement va, dans cette nuit où tu t’écoules
Dans cette nuit où tout est coulissant, de lueurs
Dans cette ville caressante, qui écoute ton humeur
Jean-Marie Loison-Mochon