Au Jardin
Nantes, Jardin des Plantes
Je laisse la moitié du banc
C’est la place de l’inconnu
Je place mon poignet sur l’blanc
C’est là que j’tresse comme une forme
J’regarde passer les gens
Comme ce père qui s’presse après son fils
Homme après son fils à tricycle
En descente, à présent filant sans frein
Incandescent d’vitesse, et d’amusement
Et ça musarde ici ou là sinon
Cela sinue au long d’l’allée
Ce rare sourire que j’prends, à l’envolée
Cela sinue en moi, au long d’l’année
Regard ou sourire glanés
Ou ce gars qui passe, essoufflé d’ses sacs
Un peu hagard du poids, il va en gare
Comme beaucoup d’vacanciers, qui s’activent
Au bout d’sa main un homme remonte, l’allée
Au bout d’sa main, comme un tout p’tit bambin
Bonnet d’avril, le p’tit lutin pèse pas son poids
L’homme est patient, avec son bambin
Qui n’a pas la science encore, au bout d’la main
Dehors au Jardin, on s’apprend à passer
A pousser d’un pied sur l’autre, badin
A d’venir passant et sans savoir rien encore
Rien encore du corps des passantes, qui s’forme
Des lignes qui d’un passage se réformèrent
Car passer est ainsi, ouvrir puis r’fermer
Et l’passé faut pas trop l’rouvrir, à s’en r’faire mal
Mieux vaut r’garder ces bambins s’faire la malle
Dans des yeux rieurs sur des tricycles en descente
Des pas babilleurs, ceux d’nouveaux cycles incandescents
Jean-Marie Loison-Mochon