Au Jardin - Jean-Marie Loison-Mochon

Au Jardin

Nantes, Jardin des Plantes

Je laisse la moitié du banc

C’est la place de l’inconnu

Je place mon poignet sur l’blanc

C’est là que j’tresse comme une forme

J’regarde passer les gens

Comme ce père qui s’presse après son fils

Homme après son fils à tricycle

En descente, à présent filant sans frein

Incandescent d’vitesse, et d’amusement

Et ça musarde ici ou là sinon

Cela sinue au long d’l’allée

Ce rare sourire que j’prends, à l’envolée

Cela sinue en moi, au long d’l’année

Regard ou sourire glanés

Ou ce gars qui passe, essoufflé d’ses sacs

Un peu hagard du poids, il va en gare

Comme beaucoup d’vacanciers, qui s’activent

Au bout d’sa main un homme remonte, l’allée

Au bout d’sa main, comme un tout p’tit bambin

Bonnet d’avril, le p’tit lutin pèse pas son poids

L’homme est patient, avec son bambin

Qui n’a pas la science encore, au bout d’la main

Dehors au Jardin, on s’apprend à passer

A pousser d’un pied sur l’autre, badin

A d’venir passant et sans savoir rien encore

Rien encore du corps des passantes, qui s’forme

Des lignes qui d’un passage se réformèrent

Car passer est ainsi, ouvrir puis r’fermer

Et l’passé faut pas trop l’rouvrir, à s’en r’faire mal

Mieux vaut r’garder ces bambins s’faire la malle

Dans des yeux rieurs sur des tricycles en descente

Des pas babilleurs, ceux d’nouveaux cycles incandescents

Jean-Marie Loison-Mochon

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