La porosité d’un pont
C’était un pont en forêt
C’était un peu le même type d’instant que là-haut dans l’à-pic
Au-dessus du ruisseau, en instance de vide et de réflexion
Moi et mon vice du vide, elle et son instinct la menant aux mêmes bas-fonds
A s’essaimer insatisfais, l’un dans la frustration, l’autre dans l’abandon
Le chien était à s’étonner, s’inquiéter de nous voir arrêtés
Femelle familière avec les foulées à toute blinde
Ni sa maîtresse ni moi, à se plaindre
Mais sous le vide, en rien matelassés
Je lui vis des traits déçus, par de mes ascensions et redescentes
Car de mes ascensions et redescentes, qu’elle vécut et pour part généra
Elle sonna en elle le tocsin de la désapprobation
Au-dessus du flot du ruisseau, je n’ai su qu’après, que j’étais pris dans celui de ses maux
Depuis le début elle jouait à me faire sauter dans des cerceaux
Fauve de désir et des îles de petits mots jamais hasardés
« Tu sais cette petite phrase… ? » et des années entre nous se dessinaient : tendres
Même si sur ce pont, un tantinet croulant voire antique
Nous vîmes moins net notre dessein
Non par sursaut mais par usure d’être testé, remis en jeu
Quelques jours avant j’avais refusé le cerceau
Sais-tu, toi, de ces mécanismes du refus, ou de ces méta-isthmes de l’amour ?
Cette fille m’était talisman et je sais qu’à mon bras elle était sincère, en s’y établissant
Mais cela était sans tabler sur mon vice du vide, et le sien de tester le glissement
Moi vers la chute ou le déraillement, et elle à buter sur l’abandon
Pour elle j’aurais mouillé ma chemise, immergé mon âme
Pour aller la chercher, ma sirène du ruisseau, sur ce pont dont nous étions émanation
D’un carrefour, d’un arrêt soudain, quand le cours du temps continuait dessous
Nous n’étions pas encore brisés ni dissous par les dissensions
Mais il est des chansons dont on ne sait le refrain qu’une fois qu’on l’entendit
Et les bras m’en tombaient, d’être sans cesse remis à l’idée de jouer à tout ou rien
Que la mise soit la bague éclatante ou le bannissement des éclats tendres
Elle testa ma peau, mon souffle, la porosité de mes doutes, la solidité de mes voûtes
Elle pesta puis se ravisa mille fois
Voyant que face à elle je n’étais pas peureux mais habité
Face à elle, géante habituée à triturer les jouets du sort
A démonter la mer de ses chants inconscients
A mettre à l’épreuve les ressorts de nos vagues
De nos flous qui se mariaient à merveille
De nos foules de joie, l’un l’autre nous fîmes soudain des ralentissements
Comme d’un pouls commun pris de râles
Hantés inconsciemment par nos vices respectifs
Nous pourtant si conscients de nos émotions
Rétrospective pourtant inutile au fond ?
Assis sur ce pont au milieu d’une forêt
Tandis que les passants passaient, intrigués de nous voir faire cet arrêt ?
Comme sa chienne, avec nous assise, à tester la portance
De cette architecture aérienne, menant vers le futur
Sur cet échiquier ni durement hostile, ni futilement durable
Qu’est l’amour, que de silences nous étions à chicaner
Sans une véritable raison valable
Jean-Marie Loison-Mochon